{"id":483,"date":"2022-10-26T21:13:46","date_gmt":"2022-10-26T21:13:46","guid":{"rendered":"https:\/\/conferences.ulbsibiu.ro\/lucianblagacolloquium\/?page_id=483"},"modified":"2022-10-27T12:56:30","modified_gmt":"2022-10-27T12:56:30","slug":"conferinta-inaugurala","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/conferences.ulbsibiu.ro\/lucianblagacolloquium\/?page_id=483","title":{"rendered":"Conf\u00e9rence inaugurale\/ Conferin\u021b\u0103 inaugural\u0103"},"content":{"rendered":"\n<p>JEAN PONCET<\/p>\n\n\n\n<p><strong>POUR UNE R\u00c9PUBLIQUE DES PASSEURS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Traduire la litt\u00e9rature et la philosophie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e9crites dans des langues de diffusion restreinte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les professeurs, chercheurs, \u00e9tudiants, amoureux des lettres qui travaillez ici sous l\u2019\u00e9gide de Lucian Blaga,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je voudrais tout d\u2019abord vous dire ma gratitude d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 ce colloque consacr\u00e9 \u00e0 un auteur qui m\u2019est cher. Ma gratitude et j\u2019ajouterais, puisque vous m\u2019avez aussi fait l\u2019honneur de me demander d\u2019en \u00eatre le \u00ab&nbsp;keynote speaker&nbsp;\u00bb, une fiert\u00e9 teint\u00e9e de quelque inqui\u00e9tude. Certes, depuis plus de trente ans, je m\u2019efforce de promouvoir dans l\u2019espace francophone la po\u00e9sie roumaine et tout particuli\u00e8rement l\u2019immense po\u00e8te et intellectuel qu\u2019est Lucian Blaga, et cela peut justifier ma pr\u00e9sence aujourd\u2019hui en ces lieux. Pour autant, la question de ma l\u00e9gitimit\u00e9 comme \u00ab&nbsp;keynote speaker&nbsp;\u00bb est ouverte&nbsp;: je ne suis pas un universitaire \u2013 ou, si je l\u2019ai \u00e9t\u00e9, c\u2019\u00e9tait il y a fort longtemps et mon domaine n\u2019\u00e9tait pas la litt\u00e9rature mais la phon\u00e9tique et la linguistique&nbsp;; pire, je n\u2019ai jamais eu, je l\u2019avoue, une grande app\u00e9tence pour la recherche universitaire, encore moins lorsqu\u2019elle porte sur la litt\u00e9rature, dont j\u2019ai beaucoup de mal \u00e0 parler&nbsp;; bien que linguiste, je ne suis pas non plus un traductologue. Que suis-je donc&nbsp;? \u00c0 cette question, je pr\u00e9f\u00e8re r\u00e9pondre par ce que je fais&nbsp;: j\u2019\u00e9cris et je traduis de la po\u00e9sie. Vous l\u2019aurez compris, je suis un \u00ab&nbsp;faiseur&nbsp;\u00bb et je me concentre sur ma pratique plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019analyse de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En revanche, il est un domaine qui m\u2019int\u00e9resse tout particuli\u00e8rement&nbsp;: ce sont les conditions dans lesquelles la litt\u00e9rature se diffuse d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. Et ma longue fr\u00e9quentation de votre pays m\u2019a permis de constater les immenses obstacles que rencontre la Roumanie en cette mati\u00e8re. Je voudrais donc examiner quelques-uns de ces obstacles et voir comment il est possible de les franchir ou, du moins, s\u2019il est possible d\u2019am\u00e9liorer un tant soit peu la situation actuelle. Ce faisant, je me concentrerai sur les probl\u00e8mes de diffusion rencontr\u00e9s par la litt\u00e9rature et la philosophie, en mettant un accent tout particulier sur le domaine qui m\u2019est la plus cher, que je connais le mieux et qui rencontre le plus de difficult\u00e9s&nbsp;: la po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>1.&nbsp;&nbsp;Importance de la traduction dans le monde contemporain<\/p>\n\n\n\n<p>La traduction est \u00e0 peu pr\u00e8s aussi vieille que l\u2019\u00e9criture. En t\u00e9moigne, par exemple, la c\u00e9l\u00e8bre pierre de Rosette, ce fragment de st\u00e8le grav\u00e9e de l\u2019\u00c9gypte antique portant trois inscriptions d\u2019un m\u00eame texte en deux langues (\u00e9gyptien et grec) et trois \u00e9critures (hi\u00e9roglyphes, d\u00e9motique et grec) qui permit \u00e0 Champollion de d\u00e9chiffrer les hi\u00e9roglyphes au XIX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle. Si l\u2019utilit\u00e9 est \u00e9vidente de traduire des textes l\u00e9gislatifs dans des pays souvent multi-ethniques et plurilingues, les textes sacr\u00e9s constituent \u00e9galement un mat\u00e9riau de choix pour les traducteurs car ils permettent, th\u00e9oriquement du moins, de rassembler les hommes en une communaut\u00e9 de foi au sein du pays o\u00f9 est n\u00e9e telle ou telle religion mais aussi dans des terres voisines voire plus lointaines&nbsp;: les traductions de la Bible, par exemple, abondent, se multipliant d\u00e8s le I<sup>er&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle de notre \u00e8re au fur et \u00e0 mesure que le christianisme se r\u00e9pand, jusqu\u2019\u00e0 couvrir aujourd\u2019hui pratiquement toutes les langues \u00e9crites du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais restons dans le domaine de la litt\u00e9rature. Examinez chez vous les \u00e9tag\u00e8res sur lesquelles vous rangez vos livres et comparez le nombre de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits en roumain avec ceux qui sont \u00e9crits en une langue \u00e9trang\u00e8re ou qui sont des traductions d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re. Je ne connais pas vos \u00e9tag\u00e8res mais je connais les miennes&nbsp;: les livres \u00e9trangers y sont largement majoritaires. Dans le monde \u00e9ditorial globalis\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui, la traduction est devenue une activit\u00e9 majeure. Je ne connais pas les chiffres pour la Roumanie, mais je peux vous donner ceux de la France. Je me baserai pour cela sur deux \u00e9tudes, l\u2019une publi\u00e9e sur son site par la Soci\u00e9t\u00e9 des Gens de Lettres<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019autre constituant un travail collectif effectu\u00e9 en 2016 par&nbsp;les&nbsp;\u00e9tudiants du Master professionnel Lettres, sp\u00e9cialit\u00e9 \u00ab&nbsp;Monde du livre&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Aix-Marseille<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Que nous r\u00e9v\u00e8lent ces deux \u00e9tudes&nbsp;? D\u2019abord, que&nbsp;l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise est celle qui traduit le plus largement l\u2019ensemble des langues \u00e9crites et propose la plus grande diversit\u00e9 des litt\u00e9ratures du monde. La France est, devant l\u2019Allemagne, le premier pays traducteur, r\u00e9alisant 13% des traductions effectu\u00e9es dans le monde en 2004. Le r\u00e9sultat est visible dans les librairies comme il l\u2019est sur mes \u00e9tag\u00e8res&nbsp;:&nbsp;un livre publi\u00e9 sur six est une traduction et ce chiffre va croissant, le nombre de traductions augmentant en moyenne de 3% par an.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour autant, dans le vivier litt\u00e9raire mondial o\u00f9 vont puiser traducteurs et \u00e9diteurs, tous les pays et toutes les langues ne sont pas \u00e0 \u00e9galit\u00e9, loin de l\u00e0. Ainsi en France, en 2014, les treize langues les plus traduites repr\u00e9sentaient plus de 90% des traductions, tous secteurs \u00e9ditoriaux confondus. Ces treize langues sont&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; l\u2019anglais, avec 59% de l\u2019ensemble des traductions tous secteurs confondus, soit plus d\u2019un titre sur deux. La langue anglaise est plus majoritaire encore dans la cat\u00e9gorie des romans, puisqu\u2019une traduction de l\u2019anglais sur deux est un roman, tandis que les trois quarts des romans traduits le sont de l\u2019anglais&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; viennent ensuite, loin derri\u00e8re l\u2019anglais, l\u2019allemand (5,4% des traductions)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; l\u2019italien (4,5%)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; l\u2019espagnol (3,7%)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; le japonais (11,8% si l\u2019on tient compte des mangas, tr\u00e8s en vogue&nbsp;; 3% si l\u2019on s\u2019en tient au roman)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; les langues scandinaves (par ordre de poids d\u00e9croissant, su\u00e9dois, danois, norv\u00e9gien, islandais&nbsp;: 2,4% toutes ensemble)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; le russe, le n\u00e9erlandais, le chinois et l\u2019arabe (chacune autour de 1%).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Bien entendu, ces chiffres ne sont pas immuables. Ils fluctuent en fonction des modes et des \u00e9volutions g\u00e9opolitiques. On notera ainsi que l\u2019allemand a perdu 2 points entre 2010 et 2014, alors que le chinois et l\u2019arabe faisaient leur apparition dans les statistiques en 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette pr\u00e9pond\u00e9rance \u00e9crasante de l\u2019anglais sur les autres langues est universelle. Je me r\u00e9f\u00e8re ici \u00e0 l\u2019Index Translationum de l\u2019UNESCO, qui liste l\u2019ensemble des livres traduits dans le monde depuis 1932. En m\u2019en tenant \u00e0 la p\u00e9riode 1979-2012, pour laquelle l\u2019UNESCO a mis en ligne sa base de donn\u00e9es<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, le nombre d\u2019\u0153uvres traduites de l\u2019anglais, sur une dur\u00e9e de 33 ans donc, s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 quelque 1.266.000. Les \u0153uvres en langue fran\u00e7aise arrivent en deuxi\u00e8me position avec 226.000&nbsp;: plus d\u2019un million (83%) en moins&nbsp;! \u00c0 partir de la dixi\u00e8me place, le nombre de livres traduits dans la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence chute \u00e0 moins de 20.000 et moins de 10.000 apr\u00e8s la vingti\u00e8me place.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Arriv\u00e9 \u00e0 ce point de mon expos\u00e9, je voudrais tirer une premi\u00e8re conclusion. La traduction est une richesse vitale. Sans elle, impossible de conna\u00eetre d\u2019autres litt\u00e9ratures que celles \u00e9crites dans notre langue maternelle et dans les quelques langues \u00e9trang\u00e8res \u2013 forc\u00e9ment en nombre tr\u00e8s limit\u00e9 \u2013 que nous pouvons \u00e9ventuellement conna\u00eetre. De fait, une \u0153uvre non traduite n\u2019a pratiquement pas d\u2019existence en dehors de son pays d\u2019origine. La traduction nous ouvre donc au monde, mais de fa\u00e7on tr\u00e8s in\u00e9gale consid\u00e9rant le poids de la litt\u00e9rature anglo-saxonne dans le flux global de traduction.<\/p>\n\n\n\n<p>2. La traduction du roumain en France<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce stade, vous vous demandez certainement o\u00f9 se situent les \u0153uvres en langue roumaine et votre interrogation est d\u2019autant plus l\u00e9gitime que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019un des objets de cette conf\u00e9rence. La r\u00e9ponse est&nbsp;: en 25<sup>e<\/sup>&nbsp;place avec quelque 5.500 livres traduits dans le monde sur une p\u00e9riode de 33 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je n\u2019ai malheureusement pas trouv\u00e9 de statistiques sur le nombre de livres roumains traduits en France et la base de donn\u00e9es de la Biblioth\u00e8que nationale de France n\u2019est pas \u00e0 jour. Par bonheur, si j\u2019ose dire, le nombre de traducteurs du roumain en France est tr\u00e8s limit\u00e9 et il est relativement facile de lister leurs publications. Sauf erreur de ma part, la France compte neuf traducteurs du roumain r\u00e9guli\u00e8rement actifs&nbsp;: cinq francophones de naissance (Nicolas Cavaill\u00e8s, Jean-Louis Courriol, Laure Hinckel, Philippe Loubi\u00e8re et moi-m\u00eame), quatre d\u2019origine roumaine (Linda Maria Baros, Radu Bata, Florica Courriol et Marily Le Nir). Sur la p\u00e9riode 2020-2022, tous secteurs confondus et en incluant les auteurs roumanophones de la R\u00e9publique de Moldavie, 19 traductions ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es, soit \u00e0 peine plus de six par an&nbsp;: treize romans (dont deux romans policiers)<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;; un essai<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;et cinq recueils ou anthologies de po\u00e9sie<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. On notera, au passage, que la philosophie n\u2019est pas pr\u00e9sente&nbsp;: elle ne l\u2019est d\u2019ailleurs pas, \u00e0 ma connaissance, depuis 1995 quand, peu de temps avant de dispara\u00eetre, la Librairie du Savoir publia&nbsp;<em>Trilogie de la culture&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>L\u2019Espace mioritique<\/em>&nbsp;de Lucian Blaga. Je reviendrai plus tard sur le travail remarquable et malheureusement inachev\u00e9 accompli par cet \u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Que retenir de ces chiffres&nbsp;? D\u2019abord que les romans arrivent largement en t\u00eate des \u0153uvres traduites. Cela refl\u00e8te, bien s\u00fbr, la r\u00e9alit\u00e9 de la production \u00e9ditoriale. Mais, s\u2019agissant du moins de la France, cela refl\u00e8te aussi, \u00e0 coup s\u00fbr, le fait que les traducteurs sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s par les \u00e9diteurs lorsqu\u2019ils traduisent des romans alors qu\u2019ils ne le sont pratiquement jamais lorsqu\u2019ils traduisent de la po\u00e9sie. D\u00e8s lors, ce ne saurait \u00eatre un hasard si les trois seuls traducteurs qui traduisent uniquement de la po\u00e9sie \u2013 Linda Maria Baros, Radu Bata et moi-m\u00eame \u2013 sont eux-m\u00eames des po\u00e8tes&nbsp;: traduire de la po\u00e9sie, j\u2019aime \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter, c\u2019est \u00e9crire de la po\u00e9sie et la traduction fait donc partie int\u00e9grante de leur travail de po\u00e8te. Des six autres traducteurs, seul Nicolas Cavaill\u00e8s a une activit\u00e9 r\u00e9guli\u00e8re, m\u00eame si elle est plus rare, dans le domaine de la po\u00e9sie&nbsp;: il en traduit parfois (Emil Botta, Constantin Acosmei, Ileana M\u0103l\u0103ncioiu et Matei Vi\u0219niec), il en publie aussi dans sa petite maison d\u2019\u00e9dition Hochroth, mais la majorit\u00e9 de son temps est clairement consacr\u00e9e \u00e0 son travail de r\u00e9f\u00e9rence sur Cioran, la traduction de romans et l\u2019\u00e9criture de son \u0153uvre romanesque propre. \u00c0 Jean-Louis Courriol, qui forme avec son \u00e9pouse Florica un couple de traducteurs prolifiques, on doit une seule traduction po\u00e9tique mais il s\u2019agit de Mihai Eminescu et cette anthologie bilingue de 150 pages est, \u00e0 ce jour, la seule existante dans le monde francophone.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le nombre r\u00e9duit de traducteurs du roumain conduit naturellement \u00e0 un nombre tout aussi r\u00e9duit de traductions. On l\u2019a vu tout \u00e0 l\u2019heure, la moyenne annuelle est d\u2019environ quatre romans et deux recueils po\u00e9tiques. Face \u00e0 la production litt\u00e9raire roumaine, c\u2019est bien peu et, en d\u00e9pit du travail m\u00e9ritoire des traducteurs concern\u00e9s et de leurs \u00e9diteurs, ils ont souvent l\u2019impression de tenter de vider un oc\u00e9an avec une petite cuill\u00e8re. En ce qui me concerne, j\u2019avoue \u00e9prouver une immense frustration, ne pouvant traduire plus que je ne le fais, \u00e0 laisser de c\u00f4t\u00e9 des figures majeures de la po\u00e9sie roumaine moderne et contemporaine&nbsp;: Tudor Arghezi, George Bacovia, Gellu Naum, Nichita St\u0103nescu et, plus pr\u00e8s de nous, Cezar Iv\u0103nescu, Ileana M\u0103l\u0103ncioiu, Ion Mure\u0219an, Marta Petreu, pour n\u2019en citer que quelques-uns.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je suis d\u2019autant plus inquiet pour l\u2019avenir que la moyenne d\u2019\u00e2ge des traducteurs de roumain est relativement \u00e9lev\u00e9e : 65 ans, l\u2019\u00e9cart allant de 43 \u00e0 85 ans. Et la rel\u00e8ve est loin d\u2019\u00eatre garantie si l\u2019on consid\u00e8re l\u2019\u00e9volution de l\u2019enseignement du roumain en France. Celui-ci est, en effet, en recul constant depuis des d\u00e9cennies. Il a disparu d\u2019universit\u00e9s o\u00f9 il occupait une place importante, comme Montpellier ou Lyon, ne subsistant que dans trois universit\u00e9s (Sorbonne nouvelle &#8211; Paris 3, Strasbourg et Aix-Marseille Universit\u00e9) ainsi, bien s\u00fbr, qu\u2019\u00e0 l\u2019Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Aucune de ces formations ne d\u00e9bouche sur un dipl\u00f4me d\u2019\u00c9tat : au mieux, il s\u2019agit d\u2019un dipl\u00f4me d\u2019universit\u00e9 sur un ou deux ans ; dans la plupart des cas, il s\u2019agit de formations courtes de 2<sup>e&nbsp;<\/sup>ou 3<sup>e&nbsp;<\/sup>langue, dans le cadre de licences de langue romane (italien, espagnol ou portugais) ou de licences de langue \u00e9trang\u00e8re&nbsp;<em>appliqu\u00e9e<\/em>&nbsp;(appliqu\u00e9es essentiellement au commerce international). \u00c0 l\u2019INALCO m\u00eame, o\u00f9 l\u2019enseignement est le plus sp\u00e9cialis\u00e9, les fili\u00e8res dites&nbsp;\u00ab&nbsp;professionnelles&nbsp;\u00bb (Commerce international,&nbsp;Relations internationales,&nbsp;Communication et formation interculturelles, Didactique des langues,&nbsp;Textes Informatique Multilinguisme) attirent un nombre croissant d\u2019\u00e9tudiants qui se d\u00e9tournent des \u00e9tudes purement litt\u00e9raires par crainte de ne pas trouver de d\u00e9bouch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sur les cinq traducteurs francophones de naissance, trois ont fait des \u00e9tudes universitaires de roumain. Mais, dans tous les cas, il s\u2019est agi d\u2019\u00e9tudes plus ou moins tardives succ\u00e9dant \u00e0 des cursus tout autres et conduisant \u00e0 des r\u00e9orientations professionnelles. Les deux autres sont des autodidactes venus \u00e0 la langue roumaine en raison de s\u00e9jours professionnels en Roumanie. Il y a fort \u00e0 parier que l\u2019arriv\u00e9e quasiment fortuite des francophones dans la traduction litt\u00e9raire perdurera et que ceux-ci demeureront tr\u00e8s peu nombreux.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Restent pour les \u00e9pauler les Franco-roumains bilingues. On l\u2019a vu, quatre sont actuellement actifs en France, dont trois sont issus de familles roumaines qui pratiquaient quotidiennement le fran\u00e7ais \u00e0 la maison. Or, consid\u00e9rant le recul de la francophonie, voire de la francophilie, en Roumanie, il est probable que ce type de situation devienne de plus en plus exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans ce contexte de p\u00e9nurie de traducteurs de langue maternelle fran\u00e7aise ou bilingues, on comprendra que les auteurs roumains, et plus sp\u00e9cifiquement les po\u00e8tes, puissent ressentir une grande frustration \u00e0 voir leurs \u0153uvres cantonn\u00e9es au lectorat roumanophone. Deux voies s\u2019ouvrent alors \u00e0 eux&nbsp;: soit \u00eatre traduits en fran\u00e7ais par des locuteurs de langue maternelle roumaine ayant appris le fran\u00e7ais mais non bilingues, soit \u00e9crire eux-m\u00eames en fran\u00e7ais. Dans les deux cas, on va le voir, la qualit\u00e9 des textes r\u00e9sultants est variable et souvent d\u00e9cevante.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Traduire en fran\u00e7ais en Roumanie<\/p>\n\n\n\n<p>Une exp\u00e9rience personnelle pour commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2013, l\u2019Institut culturel roumain \u00e0 Bucarest m\u2019a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, me demandant si je voulais bien r\u00e9viser la traduction d\u2019un essai d\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u2019il souhaitait pr\u00e9senter au Salon du livre de Paris, dont la Roumanie \u00e9tait le pays invit\u00e9. Ayant dit oui, j\u2019ai rapidement re\u00e7u les 208 pages de la version fran\u00e7aise (mais pas la version originale roumaine). La personne qui avait effectu\u00e9 la traduction m\u2019\u00e9tait bien connue, ses productions catastrophiques \u00e9tant, pour des raisons que j\u2019ignore, tr\u00e8s r\u00e9pandues sur le march\u00e9 roumain. C\u2019est donc avec quelque inqui\u00e9tude que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 lire et \u00e0 r\u00e9viser le texte. Et ce qui devait arriver arriva&nbsp;: parvenu \u00e0 la troisi\u00e8me page, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 contraint de cesser de r\u00e9viser quoi que ce soit car je ne comprenais absolument pas ce que signifiait le texte pr\u00e9tendument fran\u00e7ais. J\u2019ai donc demand\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut de m\u2019envoyer l\u2019original roumain et j\u2019ai retraduit le tout car cela allait infiniment plus vite que de corriger un texte qui \u00e9tait \u00e0 r\u00e9\u00e9crire de fond en comble.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La personne en question, par ailleurs po\u00e8te, s\u00e9vit bien \u00e9videmment aussi dans le secteur po\u00e9tique. Et bien d\u2019autres avec elle, avec plus ou moins de (non-)bonheur\u2026 Je le constate \u00e0 chacune de mes venues en Roumanie. Dans tous les festivals de po\u00e9sie auxquels je participe, mes amis po\u00e8tes m\u2019offrent gentiment leurs derniers recueils, souvent en roumain, parfois traduits en fran\u00e7ais. Et je ne sais jamais comment leur dire que la traduction est mauvaise, qu\u2019elle ne les sert en rien, voire qu\u2019elle les dessert. En j\u2019en souffre d\u2019autant plus que je sais que, dans bien des cas, ce sont eux qui paient la traduction, avec leur propre argent.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Certes, tout n\u2019est pas \u00e0 jeter. Et dans les cas o\u00f9 la traduction, sans \u00eatre tr\u00e8s po\u00e9tique, est n\u00e9anmoins lisible, elle a au moins le m\u00e9rite d\u2019exister. Cela rend la lecture un peu frustrante car on sent bien que \u00e7a pourrait \u00eatre mieux dit et que la traduction ne rend pas pleinement justice \u00e0 l\u2019original. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment une telle frustration qui m\u2019a donn\u00e9 envie d\u2019apprendre le roumain. Sans elle, je ne serais jamais devenu traducteur de po\u00e9sie roumaine et je ne serais pas devant vous aujourd\u2019hui&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je voudrais, arriv\u00e9 ici, rendre un bref hommage au professeur Paul Micl\u0103u. Car c\u2019est bien lui et son anthologie de la po\u00e9sie de Lucian Blaga<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;qui m\u2019ont caus\u00e9 la frustation que je viens de dire et m\u2019ont incit\u00e9 \u00e0 apprendre le roumain. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019avance une jeune traductologue roumaine<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, je ne consid\u00e8re pas que l\u2019anthologie du professeur&nbsp;Micl\u0103u soit une&nbsp;\u00ab&nbsp;grande traduction&nbsp;\u00bb. Elle comporte trop d\u2019impropri\u00e9t\u00e9s linguistiques, d\u2019erreurs, parfois seulement des expressions \u00ab&nbsp;qui ne font pas fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb et stoppent le lecteur dans sa d\u00e9couverte du texte une fraction de seconde de trop, lui \u00f4tant ainsi le plaisir d\u2019une po\u00e9sie pourtant sublime. Quelques exemples&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; dans le po\u00e8me&nbsp;<em>Lumina \/ La lumi\u00e8re<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>,&nbsp;Micl\u0103u traduit<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Nimicul z\u0103cea-n agonie,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c\u00eend singur plutea-n \u00eentuneric \u0219i data-a<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un semn Nep\u0103trunsul<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>par<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Le n\u00e9ant gisait dans l\u2019agonie,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;quand seul flottait dans les t\u00e9n\u00e8bres et fit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un signe l\u2019Imp\u00e9n\u00e9trable<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Seul&nbsp;<\/em>est ici une traduction bien faible de&nbsp;<em>singur&nbsp;<\/em>:&nbsp;<em>singur<\/em>, c\u2019est plut\u00f4t&nbsp;<em>solitaire<\/em>, alors que&nbsp;<em>seul&nbsp;<\/em>traduirait plut\u00f4t&nbsp;<em>doar<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; dans le po\u00e8me&nbsp;<em>T\u0103m\u00eeie \u0219i fulgi<\/em><em>\/ Encens et neige<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>, il s\u2019efforce de trouver des rimes en fran\u00e7ais afin de rendre les rimes du roumain, d\u2019ailleurs irr\u00e9guli\u00e8res comme souvent chez Blaga. Ainsi traduit-il<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Prin sat trec&nbsp;<\/em><em>s\u0103nii grele de t\u0103ceri.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cu genele ghicesc poteca s\u0103rut\u0103rilor de ieri<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>par<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Les lourds traineaux de silence par le village passent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes cils devinent le sentier<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;des anciens baisers<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La rime&nbsp;<em>sentier &#8211; baisers<\/em>,<em>&nbsp;<\/em>trouv\u00e9e en d\u00e9sespoir de cause, ainsi qu\u2019on y est souvent contraint lorsqu\u2019on tient \u00e0 la maintenir, valait-elle vraiment de scinder le deuxi\u00e8me vers en deux moiti\u00e9s au rythme bancal (7 et 5 syllabes) de mauvais alexandrin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; dans le po\u00e8me&nbsp;<em>Noi, c\u00eent\u0103re\u021bii lepro\u0219i\/&nbsp;<\/em><em>Nous, les chanteurs l\u00e9preux<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>,&nbsp;<em>r\u0103ni l\u0103untrice&nbsp;<\/em>du premier vers,&nbsp;traduit&nbsp;<em>blessures internes<\/em>, font plus penser \u00e0 un \u00e9clatement de la rate qu\u2019aux&nbsp;<em>blessures intimes<\/em>&nbsp;des po\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais, dans l\u2019ensemble, le texte de Micl\u0103u se laisse lire et, s\u2019il n\u2019est pas toujours d\u2019une grande \u00e9l\u00e9gance sonore et rythmique, il n\u2019est jamais indigne et il est parfaitement compr\u00e9hensible.&nbsp;<em>Les Po\u00e8mes de la lumi\u00e8re&nbsp;<\/em>dans la version de Paul&nbsp;Micl\u0103u ne sont pas une&nbsp;\u00ab&nbsp;grande traduction&nbsp;\u00bb mais, avec ses 604 pages couvrant l\u2019ensemble des cycles po\u00e9tiques de Blaga, cette \u00e9paisse anthologie constitue une \u0153uvre pr\u00e9cieuse qui m\u2019a permis de d\u00e9couvrir Blaga et qui, dans une large mesure, a chang\u00e9 ma vie, m\u00eame si cela peut para\u00eetre un peu trop emphatique. Ce qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le cas si j\u2019\u00e9tais d\u2019abord tomb\u00e9 sur une autre anthologie, plus mince, \u00e9galement publi\u00e9e aux \u00e9ditions Minerva quatre ans avant celle de&nbsp;Micl\u0103u<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Par d\u00e9licatesse, je ne mentionnerai pas le nom de l\u2019auteur de la traduction&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; dans le po\u00e8me&nbsp;<em>Lumina \/ La lumi\u00e8re&nbsp;<\/em>d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 pour&nbsp;Micl\u0103u, on trouve ici<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le Rien gisait \u00e0 l\u2019agonie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;quand, tout seul voguant dans le noir, fit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un signe, l\u2019Imp\u00e9n\u00e9tr\u00e9<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>o\u00f9&nbsp;<em>le Rien<\/em>&nbsp;(m\u00eame dot\u00e9 d\u2019une majuscule) est tout \u00e0 fait impropre au contexte m\u00e9taphysique du po\u00e8me, de m\u00eame que&nbsp;<em>voguant&nbsp;<\/em>implique quelque surface marine alors que le Cr\u00e9ateur est g\u00e9n\u00e9ralement plut\u00f4t per\u00e7u comme&nbsp;<em>flottant&nbsp;<\/em>dans les airs. Quant \u00e0&nbsp;<em>l\u2019Imp\u00e9n\u00e9tr\u00e9<\/em>, il pourrait, au mieux, \u00eatre&nbsp;<em>l\u2019Imp\u00e9n\u00e9trable<\/em>&nbsp;si le s\u00e9m\u00e8me&nbsp;<em>p\u00e9n\u00e9trer&nbsp;<\/em>n\u2019\u00e9tait pas porteur d\u2019une ambig\u00fcit\u00e9 qu\u2019il vaut mieux ici \u00e9viter.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; dans le po\u00e8me&nbsp;<em>La cur\u021bile dorului \/&nbsp;<\/em><em>Au manoir de l\u2019ardente langueur<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>,<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><em>Prin vegherile noastre \u2014 site de in \u2014<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;vremea se cerne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>par<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><em>Par nos veill\u00e9es&nbsp;<\/em><em>\u2014 tamis de lin \u2014<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le temps se tamise<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>qui rassemble en dix mots trois impropri\u00e9t\u00e9s majeures : 1) l\u2019extr\u00e8me proximit\u00e9 de&nbsp;<em>tamis&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>se tamise&nbsp;<\/em>est r\u00e9dhibitoire, 2) m\u00eame si&nbsp;<em>tamis de lin<\/em>, venant en apposition \u00e0&nbsp;<em>nos veill\u00e9es<\/em>,<em>&nbsp;<\/em>\u00e9claire la m\u00e9taphore, la phrase&nbsp;<em>par nos veill\u00e9es le temps se tamise&nbsp;<\/em>demeure assez obscure et bancale et 3) l\u2019utilisation de la forme r\u00e9flexive&nbsp;<em>se tamise<\/em>&nbsp;ayant comme sujet&nbsp;<em>le temps&nbsp;<\/em>est, en fran\u00e7ais, tr\u00e8s maladroite.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;la traduction du titre, qui est certes fort difficile \u00e0 rendre en fran\u00e7ais, est ici particuli\u00e8rement rat\u00e9e, transformant Blaga en auteur de romance \u00e0 l\u2019eau de rose&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211; \u00e0 la fin de la premi\u00e8re strophe de ce m\u00eame po\u00e8me, on trouve le syntagme&nbsp;<em>raiul sorin&nbsp;<\/em>traduit par&nbsp;<em>paradis soleillin<\/em>, invention pour le moins hardie et assez peu euphonique que&nbsp;<em>solaire&nbsp;<\/em>aurait pu avantageusement remplacer.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Bref, on comprend pourquoi, quatre plus tard, les \u00e9ditions Minerva ont d\u00e9cid\u00e9 de publier la traduction de Paul Micl\u0103u.<\/p>\n\n\n\n<p>4. \u00c9crire en fran\u00e7ais en Roumanie<\/p>\n\n\n\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 un environnement peu favorable \u00e0 la visibilit\u00e9 internationale de leurs \u0153uvres \u2013 langue de diffusion restreinte, p\u00e9nurie de traducteurs de langue maternelle francophone ou bilingues, qualit\u00e9 souvent d\u00e9ficiente des traductions locales \u2013 quelques po\u00e8tes roumains, en nombre encore limit\u00e9 mais en lente progression, ont d\u00e9cid\u00e9 de se traduire eux-m\u00eames, voire d\u2019\u00e9crire directement en fran\u00e7ais. Pas forc\u00e9ment tous leurs livres, d\u2019autant que, lorsque je les interroge sur leurs motivations, ils avancent souvent le fait que le po\u00e8me leur vient parfois en fran\u00e7ais et non en roumain.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il existe, certes, une vieille et glorieuse tradition de l\u2019usage de la langue fran\u00e7aise chez les \u00e9crivains et intellectuels roumains. Vous les connaissez, bien s\u00fbr, mais j\u2019aimerais ici mentionner les plus prestigieux d\u2019entre eux en pronon\u00e7ant leur nom tel qu\u2019il est connu dans l\u2019espace francophone&nbsp;: Alexandre Macedonski, Pana\u00eft Istrati, Tristan Tzara, Benjamin Fondane, Eug\u00e8ne Ionesco (<em>de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em>), Cioran, Gherasim Luca, Virgil Ierunca, George Astalos&#8230; Et le ph\u00e9nom\u00e8ne ne s\u2019interrompt pas. Au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es se sont install\u00e9s en France au moins trois po\u00e8tes d\u2019origine roumaine et \u00e9crivant leur \u0153uvre en fran\u00e7ais&nbsp;: Radu Bata en 1990, Linda Maria Baros en 2000 et Rodica Draghincescu en 2005.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Oui, les auteurs roumains francophones ne manquent pas. Pour autant, cela ne veut pas dire qu\u2019il est facile \u00e0 tout Roumain d\u2019\u00e9crire en fran\u00e7ais. Certains \u2013 Macedonski, Tzara, Ionesco ou Bata \u2013 ont eu l\u2019avantage de grandir dans des familles pratiquant le fran\u00e7ais. Tel n\u2019est pas le cas des autres. qui ont d\u00fb apprendre, souvent dans la douleur, \u00e0 ma\u00eetriser cette langue qui n\u2019\u00e9tait pas celle de leur berceau. C\u2019est Istrati qui, dans une lettre \u00e0 Romain Rolland<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>, parle le mieux de cette lutte acharn\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne saura jamais combien de fois par jour je hurle de rage, m\u2019ensanglante la gueule, et brise mes dents en mordant furieusement dans cet outil rebelle \u00e0 ma volont\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Or, pour en revenir aux po\u00e8tes roumains d\u2019aujourd\u2019hui qui d\u00e9cident de passer \u00e0 la langue fran\u00e7aise, je ne suis pas certain que tous aient en eux la volont\u00e9 in\u00e9branlable d\u2019un Istrati ou le don d\u2019un Fondane ou d\u2019un Cioran. Aussi, les po\u00e8mes r\u00e9dig\u00e9s en fran\u00e7ais que m\u2019envoient mes amis roumains souffrent-ils souvent des m\u00eames maux que les traductions roumaines dont j\u2019ai parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment&nbsp;: graves fautes de langue dans le pire des cas, manque de po\u00e9ticit\u00e9 ou euphonie d\u00e9ficiente le plus souvent. Certains m\u2019envoient leur manuscrit avant publication afin que je leur fasse part de mes remarques&nbsp;: on peut aboutir alors \u00e0 de tr\u00e8s beaux textes, tels les deux derniers recueils de Valeriu Stancu, publi\u00e9s en France et en Roumanie<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. D\u2019autres ne le font pas, soit parce qu\u2019ils ne me connaissent pas ni d\u2019autres po\u00e8tes fran\u00e7ais, soit parce qu\u2019ils ont peur de d\u00e9ranger, soit peut-\u00eatre qu\u2019ils se font des illusions sur leur fran\u00e7ais. Les r\u00e9sultats sont alors tr\u00e8s souvent d\u00e9cevants.<\/p>\n\n\n\n<p>5. La traduction de la philosophie&nbsp;: le cas Lucian Blaga<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de conclure, je voudrais aborder la situation de la philosophie roumaine, non que j\u2019en aie une connaissance avanc\u00e9e, mais parce que, par nature, elle se trouve dans la m\u00eame situation marginale au regard de sa circulation internationale. Je ne pense pas qu\u2019aucune traduction d\u2019une \u0153uvre philosophique roumaine n\u2019ait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Ne pouvant donc me baser sur des chiffres, je vais vous proposer une petite \u00e9tude de cas qui me touche de pr\u00e8s, puisqu\u2019il s\u2019agit de Lucian Blaga.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Vers la fin des ann\u00e9es 80, alors que j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 traduire quelques po\u00e8mes de Blaga, je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 Paris, dans le quartier du Panth\u00e9on. Un jour, d\u00e9ambulant dans les rues environnantes, je suis tomb\u00e9 sur une petite libraire o\u00f9 les livres avaient tendance \u00e0 crouler les uns sur les autres. Mais ce qui m\u2019a arr\u00eat\u00e9, c\u2019est qu\u2019en vitrine figuraient plusieurs livres roumains en traduction fran\u00e7aise. Je suis entr\u00e9 et j\u2019ai entam\u00e9 une discussion avec le propri\u00e9taire des lieux, un Roumain charmant, parfait francophone, qui s\u2019appelait George Pi\u0219coci-D\u0103nesco. En m\u00eame temps que sa librairie, il avait fond\u00e9 une maison d\u2019\u00e9dition qui portait le m\u00eame nom&nbsp;: Librairie du Savoir. Apprenant mon int\u00e9r\u00eat pour Lucian Blaga et le travail que j\u2019avais entam\u00e9, il m\u2019avait dit son intention de traduire et publier son \u0153uvre philosophique. Il avait constitu\u00e9 pour cela une petite \u00e9quipe franco-roumaine, sorte de phalanst\u00e8re intellectuel que je percevais comme anarchiste de droite et qu\u2019il d\u00e9finissait comme anti-totalitaire. On trouvait dans ce groupe un noyau familial&nbsp;\u2013 George Pi\u0219coci-D\u0103nesco et son \u00e9pouse Mariana, tous deux philosophes \u2013 auquel s\u2019\u00e9taient adjoints trois Fran\u00e7ais, Thomas Bazin, Yves Cauchois et Raoul Marin, dont j\u2019ignore le parcours. C\u2019est ainsi qu\u2019en sept ans, entre 1989 et 1995, cette \u00e9quipe a r\u00e9ussi l\u2019exploit de publier pas moins de six des ouvrages philosophiques de Blaga&nbsp;:&nbsp;<em>\u00c9loge du village roumain<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>,&nbsp;<em>Les Diff\u00e9rentielles divines<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>,&nbsp;<em>L\u2019\u00catre historique<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>,&nbsp;<em>Trilogie de la connaissance<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>,&nbsp;<em>L\u2019Espace mioritique<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a><em>&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>Trilogie de la culture<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>. Peu de temps apr\u00e8s, George Pi\u0219coci-D\u0103nesco s\u2019est trouv\u00e9 pris dans une violente tourmente politico-\u00e9ditoriale, sa librairie a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9e, l\u2019aventure de sa maison d\u2019\u00e9dition a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e net et la traduction de l\u2019\u0153uvre philosophique de Blaga avec. Elle n\u2019a pas repris depuis.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je trouve l\u2019histoire de ces traductions philosophiques embl\u00e9matique des difficult\u00e9s que rencontrent les auteurs roumains, m\u00eame les plus grands (hors romanciers), \u00e0 \u00eatre traduits en France. Les grands \u00e9diteurs ne s\u2019y int\u00e9ressent pas&nbsp;: Mircea Eliade n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 convaincre Payot de publier la philosophie de Blaga<a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_edn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>,&nbsp;comme j\u2019ai \u00e9chou\u00e9 \u00e0 placer sa po\u00e9sie chez Gallimard. Ce sont de petits \u00e9diteurs, \u00e0 l\u2019existence pr\u00e9caire, comme la Librairie du Savoir ou Jacques Andr\u00e9, pour la po\u00e9sie de Blaga, qui font le travail.<\/p>\n\n\n\n<p>6. Quelle solution alors&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que vous l\u2019avez vue se dessiner au fur et \u00e0 mesure que je d\u00e9roulais mon discours. Si les traducteurs de langue maternelle francophone ou bilingues ne suffisent pas \u00e0 satisfaire les besoins et si les textes fran\u00e7ais, traductions ou originaux, produits en Roumanie n\u2019ont pas la qualit\u00e9 litt\u00e9raire attendue, je ne vois pas d\u2019autre solution que l\u2019entraide et la coop\u00e9ration. Ce que j\u2019ai fait \u00e0 la demande de l\u2019Institut culturel roumain, en corrigeant \u2013 en l\u2019occurrence, en retraduisant \u2013 le livre qu\u2019il souhaitait publier, ce que j\u2019ai fait pour mon ami Valeriu Stancu et quelques autres, ce travail de relecture, de correction, d\u2019amendement en amont de la publication devrait \u00eatre syst\u00e9matis\u00e9. Et comme il est \u00e9vident que je ne saurais suffire \u00e0 moi seul \u00e0 couvrir les besoins du monde litt\u00e9raire roumanophone, il convient, \u00e0 mon sens, de mettre en place une structure formelle et fonctionnelle de mise en relation des auteurs roumains avec des francophones pr\u00eats et aptes \u00e0 les aider.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans ses grandes lignes, une telle structure devrait reposer sur une base de donn\u00e9es r\u00e9pertoriant, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les coordonn\u00e9es des assistants volontaires, en sp\u00e9cifiant leur langue maternelle, les langues \u00e9trang\u00e8res qu\u2019ils pratiquent, leur domaine de sp\u00e9cialit\u00e9 (po\u00e9sie, philosophie, art, histoire, etc\u2026) et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les coordonn\u00e9s des demandeurs d\u2019aide, ces derniers apportant toutes pr\u00e9cisions jug\u00e9es n\u00e9cessaires sur la nature de leur demande. Cette base de donn\u00e9es, une fois mise en ligne et g\u00e9r\u00e9e par une petite \u00e9quipe de volontaires, pourrait fonctionner comme une sorte de site de rencontre, mais pour des rencontres de nature plus intellectuelle\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Vous aurez remarqu\u00e9 que j\u2019insiste sur la notion de volontariat. Cela n\u2019exclut pas, le cas \u00e9ch\u00e9ant, qu\u2019un \u00e9diteur, un organisme culturel public ou une institution de m\u00e9c\u00e9nat puisse r\u00e9mun\u00e9rer l\u2019assistant. Auquel cas, il conviendra de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un nouveau type de contrat, qui pourrait \u00eatre d\u00e9riv\u00e9 des contrats de traduction sans leur \u00eatre identique, puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas de traduction au sens propre. Mais il ne me para\u00eet pas souhaitable que la question financi\u00e8re soit une condition pr\u00e9alable au fonctionnement de ce syst\u00e8me, en tout cas certainement pas dans sa phase initiale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette coop\u00e9ration dans la production des textes, dans la mesure o\u00f9 elle permet de savoir ce qui se pr\u00e9pare en amont de la publication, pourrait m\u00eame d\u00e9boucher sur une coop\u00e9ration \u00e9ditoriale avec des livres co\u00e9dit\u00e9s et\/ou diffus\u00e9s non seulement en Roumanie, mais aussi dans les pays francophones. Car il ne suffit pas de produire un livre \u00e9crit en bon fran\u00e7ais, il faut aussi qu\u2019il rencontre le public pour lequel il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit. Or, je me suis toujours demand\u00e9 quel \u00e9tait l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les maisons d\u2019\u00e9dition et les auteurs roumains de publier des traductions en langues \u00e9trang\u00e8res qui ne sont distribu\u00e9es et vendues qu\u2019en Roumanie. Rares sont les touristes francophones entrant dans les librairies roumaines pour y acheter des livres en fran\u00e7ais, hormis peut-\u00eatre quelques beaux livres de photographies. Tout aussi rares sont les librairies roumaines \u00e0 l\u2019\u00e9tranger qui pourraient diffuser ces livres. Et le Festival du livre de Paris, qui remplace depuis cette ann\u00e9e l\u2019historique Salon du livre, n\u2019autorise m\u00eame plus les stands \u00e0 vendre leurs livres, la vente devenant l\u2019exclusivit\u00e9 de la \u00ab&nbsp;librairie du Festival&nbsp;\u00bb qui accepte uniquement les ouvrages diffus\u00e9s en France. C\u2019est pourquoi, cette ann\u00e9e, l\u2019Institut culturel roumain a pu exposer sur son stand un large \u00e9ventail de publications r\u00e9centes, mais aucun des livres venus de Roumanie n\u2019a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 la vente, m\u00eame pas les quelques-uns qui \u00e9taient \u00e9crits en fran\u00e7ais&nbsp;! Aboutissement d\u2019une d\u00e9rive mercantile qui, si l\u2019on n\u2019y prend pas garde, sera fatale aux petits \u00e9diteurs et aux projets marginaux. Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces marges que vit la litt\u00e9rature qui nous int\u00e9resse ici.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J\u2019appelle mon projet \u00ab&nbsp;la R\u00e9publique des passeurs&nbsp;\u00bb parce que l\u2019humanit\u00e9 mondialis\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui ne peut se contenter de la libre circulation des marchandises. La pens\u00e9e, les \u0153uvres de culture et de beaut\u00e9, doivent aussi pouvoir circuler, ind\u00e9pendamment de leur valeur marchande. La po\u00e9sie, la philosophie, l\u2019histoire, ne s\u2019\u00e9changent pas \u00e0 coup de millions de dollars dans les salles de vente comme les sculptures de Jeff Koons. Elles rel\u00e8vent plut\u00f4t de la chose publique,&nbsp;<em>res publica<\/em>, et doivent \u00eatre d\u00e9fendues comme telles. Les intellectuels, les po\u00e8tes, les philosophes constituent l\u2019arm\u00e9e qui, \u00e0 d\u00e9faut de sauver le monde, pr\u00e9servera peut-\u00eatre son \u00e2me et l\u2019\u00e9thique indispensable \u00e0 notre survie. Dans ce combat, les ego n\u2019ont pas de place, seule la plus large coop\u00e9ration de tous avec tous. Pour que l\u2019esprit passe en abattant les fronti\u00e8res, quelle qu\u2019en soit la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>J.P.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/sgdl.org\/sgdl-accueil\/presse\/presse-acte-des-forums\/la-traduction-litteraire\/1519-les-chiffres-\">https:\/\/sgdl.org\/sgdl-accueil\/presse\/presse-acte-des-forums\/la-traduction-litteraire\/1519-les-chiffres-<\/a>de-la-traduction-par-geoffroy-pelletier<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;https:\/\/mondedulivre.hypotheses.org\/4645<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;<a href=\"http:\/\/portal.unesco.org\/culture\/en\/ev.phpURL_ID=7810&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION\">http:\/\/portal.unesco.org\/culture\/en\/ev.phpURL_ID=7810&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION<\/a>=<\/p>\n\n\n\n<p>201.html<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;Igor Bergler,&nbsp;<em>La Bible perdue (Biblia&nbsp;&nbsp;pierdut\u0103)<\/em>, traduit par Laure Hinckel, Fleuve noir, Paris, 2020&nbsp;;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/auteur\/9147329\/Lucian+Dragos+Bogdan\">Lucian-Drago\u0219&nbsp;Bogdan<\/a>&nbsp;et Jacky Schwartzmann,&nbsp;<em>Le Coffre (Femia din portbagaj)<\/em>, traduit par Jean-Louis Courriol, Points, Paris, 2021&nbsp;;&nbsp;Matei C\u0103linescu,&nbsp;<em>La Vie et les opinions de Zacharias Lichter (Via\u021ba \u0219i opiniile lui Zacharia Lichter)<\/em>, traduit par Nicolas Cavaill\u00e8s, Circ\u00e9, Oberhausbergen, 2020 &nbsp;; Mircea C\u0103rt\u0103rescu,&nbsp;<em>Melancolia<\/em>, traduit par Laure Hinckel, Les \u00c9ditions Noir sur Blanc, Paris, 2021 &nbsp;; Nicoleta Esinencu,&nbsp;<em>L\u2019\u00c9vangile selon Marie (Evanghelia dup\u0103 Maria)<\/em>, traduit par Nicolas Cavaill\u00e8s, L\u2019Arche, Montreuil, 2021; Tudor Ganea,&nbsp;<em>La Femme qui a mang\u00e9 les l\u00e8vres de mon p\u00e8re (Cazemata)<\/em>, traduit par Florica Courriol, Le Nouvel Attila, Paris, 2020; C\u0103t\u0103lin Mihuelac,&nbsp;<em>Les Oxenberg &amp; les Bernsteins (<\/em><em>America de peste pogrom<\/em><em>)<\/em>, traduit par Marily Le Nir, Les \u00c9ditions Noir sur Blanc, Paris, 2020 ; Alina Nelega,&nbsp;<em>Comme si de rien n\u2019\u00e9tait (<\/em><em>Ca \u015fi cum nimic nu s-ar fi \u00eent\u00e2mplat)<\/em>, traduit par Florica Courriol, Des femmes, Paris, 2021&nbsp;; Liviu Rebreanu,&nbsp;<em>La R\u00e9volte (R\u0103scoala)<\/em>, traduit par Jean-Louis Courriol, \u00c9ditions Non Lieu, Paris, 2021&nbsp;; Doina Ru\u0219ti,&nbsp;<em>Zogru<\/em>, traduit par Florica Courriol, Les \u00c9ditions du Typhon, Marseille, 2022&nbsp;; Corina S\u0103bau,&nbsp;<em>Et on entendait les grillons (<\/em><em>\u0218i se auzeau greierii)<\/em>, traduit par Florica Courriol, Belleville \u00e9ditions, Paris, 2021 ;&nbsp;Mihail Sebastian,&nbsp;<em>La Ville aux acacias (<\/em>Ora\u0219ul cu salc\u00e2mi<em>)<\/em>, traduit par Florica Courriol, Mercure de France, Paris, 2020&nbsp;&nbsp;; Bogdan-Alexandru St\u0103nescu,&nbsp;<em>L\u2019Enfance de Kaspar Hauser (Copil\u0103ria lui Kaspar Hauser)<\/em>, traduit par Nicolas Cavaill\u00e8s, Ph\u00e9bus, Paris, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;C\u0103t\u0103lin Pavel,&nbsp;<em>L\u2019Arch\u00e9ologie de l\u2019amour (Arheologia iubirii de l\u2019amour. De la Neanderthal la Taj Mahal)<\/em>, traduit par Jean-Louis Courriol, L\u2019Aube, La Tour d\u2019Aigues, 2022<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;Ana Blandiana,&nbsp;<em>Varia\u021biuni pe o tem\u0103 dat\u0103 \/ Variations sur un th\u00e8me donn\u00e9<\/em>, traduit par Jean Poncet, Jacques Andr\u00e9 \u00e9diteur, Lyon, 2022&nbsp;; Ana Blandiana,&nbsp;<em>Clair de mort&nbsp;<\/em>\u2013 Anthologie, traduit par Jean Poncet, Mihai Zaharia et G\u00e9rard Bayo, \u00c9ditions Unicit\u00e9, Saint-Ch\u00e9ron, 2022&nbsp;&nbsp;; Vasile D\u00e2ncu,&nbsp;<em>C\u00e2ntecul satului \/ Le Chant du village<\/em>, traduit par Jean Poncet, Jacques Andr\u00e9 \u00e9diteur, Lyon, 2021;&nbsp;<em>Le Blues roumain 1 &amp; 2<\/em>&nbsp;\u2013 Anthologie, traduit par Radu Bata, \u00c9ditions Unicit\u00e9, Saint-Ch\u00e9ron, 2020, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Poemele luminii \/ Les Po\u00e8mes de la lumi\u00e8re<\/em>, traduit par Paul Micl\u0103u, Editura Minerva, Bucure\u0219ti, 1978.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;Carmen-Ecaterina A\u0219tirbei,&nbsp;\u00ab&nbsp;Pour une herm\u00e9neutique traductive : (re)traductions des po\u00e8mes de Lucian Blaga en fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb in&nbsp;<em>La traduction caduque, retraduction et contexte culturel (en diachronie)<\/em>, Atelier de traduction n\u00b0 15,&nbsp;Editura Universit\u0103\u0163ii, Suceava, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibid., pp. 126-127.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibid., pp. 230-231.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibid., pp. 282-283.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Poeme \/ Po\u00e8mes<\/em>, Editura Minerva, traduit par Veturia&nbsp;Dr\u0103g\u0103nescu-Vericeanu,&nbsp;Bucure\u0219ti, 1974.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibid., pp. 48-49.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibid., pp. 206-207.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>&nbsp;Pana\u00eft Istrati, \u00ab&nbsp;Lettre de novembre 1929 \u00e0 Romain Rolland&nbsp;\u00bb in&nbsp;<em>\u0152uvres I<\/em>, \u00c9ditions Ph\u00e9bus, Paris, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>&nbsp;Valeriu Stancu,&nbsp;<em>Ballade de mon ami le bourreau<\/em>, \u00c9ditions Ma\u00efa, Paris, 2020&nbsp;;&nbsp;<em>Balada prietenului meu c\u0103l\u0103ul<\/em>, CronEdit, Ia\u0219i, 2020&nbsp;;<em>L\u2019\u00c9cho est le reflet du regard<\/em>, \u00c9ditions Ma\u00efa, Paris, 2021&nbsp;;&nbsp;<em>Ecoul este oglindirea privirii<\/em>,&nbsp;CronEdit, Ia\u0219i, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>\u00c9loge du village roumain<\/em>, traduit par Mariana Danesco et Raoul Marin, Librairie du Savoir, Paris, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>&nbsp;Les Diff\u00e9rentielles divines<\/em>, traduit par Thomas Bazin, Raoul Marin et Georges Piscoci-Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>L\u2019\u00catre historique<\/em>, traduit par Mariana Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Trilogie de la connaissance<\/em>, traduit par Raoul Marin et Georges Piscoci-Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>L\u2019Espace mioritique<\/em>, traduit par Yves Cauchois, Raoul Marin et Georges Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1995.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Trilogie de la culture<\/em>, traduit par Yves Cauchois, Raoul Marin et Georges Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1995.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/7149CC73-62DC-4650-BF80-21C610E0393A#_ednref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>&nbsp;Mircea Eliade,&nbsp;<em>Fragments d\u2019un journal III 1979-1985<\/em>, traduit par Alain Paruit, Gallimard, Paris, 1991, p. 214.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>PENTRU O REPUBLIC\u0102 A\u00a0LUNTRA\u0218ILOR<\/strong>. <strong>TRADUCEREA LITERATURII \u015eI A FILOSOFIEI SCRISE \u00ceN LIMBI CU DIFUZARE RESTR\u00c2NS\u0102<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Doamnelor \u015fi domnilor profesori, cercet\u0103tori, studen\u0163i, pasiona\u0163i de litere \u015fi arte, lucr\u00e2nd, aici, sub egida lui Lucian Blaga,<\/p>\n\n\n\n<p>A\u0219 dori, mai \u00eent\u00e2i de toate, s\u0103-mi exprim gratitudinea pentru invita\u021bia la acest colocviu consacrat unui autor care-mi este drag. Gratitudinea mea \u0219i, a\u0219 ad\u0103uga, pentru c\u0103 mi-a\u021bi f\u0103cut onoarea de a m\u0103 desemna \u201e<em>keynote speaker<\/em>\u201d, m\u00e2ndria \u00eemi aduc \u0219i o anumit\u0103 nelini\u0219te. Desigur, de mai bine de treizeci de ani, m\u0103 str\u0103duiesc s\u0103 promovez, \u00een spa\u021biul francofon, poezia rom\u00e2neasc\u0103 \u0219i, \u00een special, pe imensul poet \u0219i intelectual care este Lucian Blaga, fapt care ar putea justifica prezen\u021ba mea, ast\u0103zi, \u00een aceste locuri.<\/p>\n\n\n\n<p>Cu toate acestea, chestiunea legitimit\u0103\u021bii mele drept \u201e<em>keynote speaker<\/em>\u201d este deschis\u0103: nu sunt un universitar \u2013 sau, dac\u0103 am fost, a fost acum mult timp, iar domeniul meu nu a fost literatura, ci fonetica \u0219i lingvistica&nbsp;; mai mult, v\u0103 m\u0103rturisesc, nu am avut niciodat\u0103 o mare apeten\u021b\u0103 pentru cercetarea universitar\u0103, \u00eenc\u0103 \u0219i mai pu\u021bin\u0103 atunci c\u00e2nd ea vizeaz\u0103 literatura, despre care \u00eemi este dificil s\u0103 vorbesc; de\u0219i lingvist, nu sunt nici traductolog. Ce sunt a\u0219adar&nbsp;? La aceast\u0103 \u00eentrebare, prefer s\u0103 r\u0103spund prin ceea ce fac: scriu \u0219i traduc poezie. Cred c\u0103 a\u021bi \u00een\u021beles&nbsp;: sunt un \u201ecreator\u201d care se concentreaz\u0103 pe practica sa, mai degrab\u0103 dec\u00e2t pe analizarea acesteia.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00cen schimb, exist\u0103 un domeniu care m\u0103 intereseaz\u0103 \u00een mod special: este vorba despre condi\u021biile \u00een care literatura se difuzeaz\u0103 de la o \u021bar\u0103 la alta. Iar desele mele sejururi \u00een \u021bara dumneavoastr\u0103 mi-au permis s\u0103 constat imensele obstacole de care se izbe\u0219te Rom\u00e2nia \u00een acest sens. A\u0219 dori, a\u0219adar, s\u0103 examinez c\u00e2teva dintre aceste obstacole \u0219i s\u0103 v\u0103d cum ar putea fi dep\u0103\u0219ite, sau, cel pu\u021bin, dac\u0103 este posibil s\u0103 fie ameliorat\u0103 situa\u021bia actual\u0103. Astfel, m\u0103 voi concentra pe problemele de difuzare pe care le \u00eent\u00e2mpin\u0103 literatura \u0219i filosofia, pun\u00e2nd accentul mai ales pe domeniul care-mi este cel mai drag, pe care-l cunosc cel mai bine \u0219i care se love\u0219te de cele mai multe dificult\u0103\u021bi&nbsp;: poezia.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ol type=\"1\"><li>IMPORTAN\u021aA TRADUCERII \u00ceN LUMEA CONTEMPORAN\u0102<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Traducerea este aproape la fel de veche precum scriitura. St\u0103 m\u0103rturie, de exemplu, celebra Piatr\u0103 din Rosetta, acel fragment de stel\u0103 gravat\u0103 din Egiptul antic, purt\u00e2nd trei inscrip\u021bii ale aceluia\u0219i text \u00een dou\u0103 limbi (egiptean\u0103 \u0219i greac\u0103) \u0219i trei scriituri (hieroglific\u0103, demotic\u0103 \u0219i greceasc\u0103), fapt care i-a permis lui Champollion s\u0103 descifreze hieroglifele, \u00een secolul al XIX-lea. Dac\u0103 utilitatea de a traduce texte legislative este evident\u0103, \u00een \u021b\u0103ri adeseori multietnice \u0219i plurilingve, textele sacre constituie, \u00een egal\u0103 m\u0103sur\u0103, un material de referin\u021b\u0103 pentru traduc\u0103tori, c\u0103ci ele permit, teoretic cel pu\u021bin, de a-i reuni pe oameni \u00eentr-o comunitate de credin\u021b\u0103 \u00een s\u00e2nul \u021b\u0103rii \u00een care s-a n\u0103scut cutare religie, dar \u0219i pe teritorii vecine, ba chiar mai \u00eendep\u0103rtate: traducerile din Biblie, de exemplu, abund\u0103, se multiplic\u0103 \u00eenc\u0103 din secolul I al erei noastre \u0219i, pe m\u0103sur\u0103 ce cre\u0219tinismul se r\u0103sp\u00e2nde\u0219te, acoper\u0103, ast\u0103zi, practic, toate limbile scrise din lume.<\/p>\n\n\n\n<p>Dar s\u0103 r\u0103m\u00e2nem \u00een domeniul literaturii. Examina\u021bi, acas\u0103 la dumneavoastr\u0103, rafturile pe care v\u0103 aranja\u021bi c\u0103r\u021bile \u0219i compara\u021bi num\u0103rul celor care au fost scrise \u00een rom\u00e2n\u0103 cu cele scrise \u00eentr-o limb\u0103 str\u0103in\u0103 sau sunt traduceri dintr-o limb\u0103 str\u0103in\u0103. Nu cunosc etajerele dumneavoastr\u0103, dar le \u0219tiu pe ale mele: c\u0103r\u021bile str\u0103ine sunt majoritare. \u00cen lumea editorial\u0103 globalizat\u0103 de azi, traducerea a devenit o activitate major\u0103. Nu cunosc cifrele pentru Rom\u00e2nia, dar pot s\u0103 vi le dau pe cele din Fran\u021ba. \u00cen acest sens, m\u0103 voi baza pe dou\u0103 studii, unul publicat pe situl Societ\u0103\u021bii Oamenilor de Litere (<em>Soci\u00e9t\u00e9 des Gens de Lettres<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>), acum vreo zece ani, cel\u0103lalt reprezent\u00e2nd o lucrare colectiv\u0103 efectuat\u0103 \u00een 2016 de studen\u021bii unui master profesional la Litere, specializarea \u201eLumea c\u0103r\u021bii\u201d (\u00ab&nbsp;Monde du livre&nbsp;\u00bb) la Universitatea Aix-Marseille<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne arat\u0103 aceste dou\u0103 studii&nbsp;? Mai \u00eent\u00e2i, c\u0103 editurile franceze sunt cele care traduc cel mai mult din ansamblul limbilor scrise \u0219i etaleaz\u0103 cea mai mare diversitate a literaturilor lumii. Fran\u021ba este, \u00eenaintea Germaniei, prima \u021bar\u0103 traduc\u0103toare, realiz\u00e2nd 13% din traducerile efectuate \u00een lume \u00een 2004. Rezultatul este vizibil \u00een libr\u0103rii, a\u0219a cum este \u0219i pe rafturile mele de c\u0103r\u021bi&nbsp;: una din \u0219ase c\u0103r\u021bi publicate este o traducere, iar aceast\u0103 cifr\u0103 va cre\u0219te, num\u0103rul traducerilor m\u0103rindu-se, \u00een medie, cu 3% pe an.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Totu\u0219i, \u00een rezerva literar\u0103 mondial\u0103 \u00een care vor p\u0103trunde traduc\u0103tori \u0219i editori, nu toate \u021b\u0103rile \u0219i toate limbile sunt la egalitate. Nici pe departe. Astfel, \u00een Fran\u021ba, \u00een 2014, cele mai traduse treisprezece limbi reprezentau mai mult de 90% din traduceri, \u00een toate domeniile luate \u00eempreun\u0103. Aceste treisprezece limbi sunt&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>engleza, cu 59% din ansamblul traducerilor din toate domeniile, adic\u0103 mai mult de un titlu din dou\u0103. Limba englez\u0103 este \u0219i mai frecvent\u0103 \u00een categoria romanelor, de vreme ce o traducere din dou\u0103 din englez\u0103 este un roman, \u00een timp ce trei sferturi dintre romanele traduse sunt din englez\u0103&nbsp;;<\/li><li>urmeaz\u0103 apoi, departe \u00een urm\u0103 englezei, germana (5,4% dintre traduceri);<\/li><li>italiana (4,5%)&nbsp;;<\/li><li>spaniola (3,7%)&nbsp;;<\/li><li>japoneza (11,8% dac\u0103 \u021binem cont de benzile desenate, foarte \u00een vog\u0103&nbsp;; 3% dac\u0103 avem \u00een vedere doar romanul)&nbsp;;<\/li><li>limbile scandinave (\u00een ordine descresc\u0103toare, suedeza, daneza, norvegiana, islandeza&nbsp;: 2,4%, toate laolalt\u0103)&nbsp;;<\/li><li>rusa, neerlandeza, chineza \u0219i araba (fiecare \u00een jur de 1%).&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Bine\u00een\u021beles, cifrele nu sunt fixe. Ele fluctueaz\u0103 \u00een func\u021bie de mode \u0219i de evolu\u021biile geopolitice. Vom observa astfel c\u0103 germana a pierdut 2 puncte, \u00eentre 2010 \u0219i 2014, \u00een timp ce chineza \u0219i araba \u00ee\u0219i f\u0103ceau apari\u021bia \u00een statisticile din 2012.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aceast\u0103 domina\u021bie zdrobitoare a englezei asupra celorlalte limbi este universal\u0103. Fac referire aici la Indexul Translationum al UNESCO care noteaz\u0103 ansamblul c\u0103r\u021bilor traduse \u00een lume din 1932. Oprindu-m\u0103 la perioada 1979-2012, pentru care UNESCO a publicat baza sa de date<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, num\u0103rul de opere traduse din englez\u0103, pe o durat\u0103 de 33 de ani, este de 1.266.000. Operele \u00een limba francez\u0103 sunt pe locul al doilea, cu 226.000&nbsp;: cu mai pu\u021bin de un milion (83%). \u00cencep\u00e2nd cu locul al zecelea, num\u0103rul c\u0103r\u021bilor traduse \u00een perioada de referin\u021b\u0103 coboar\u0103 la mai pu\u021bin de 20.000 \u0219i chiar 10.000 dup\u0103 locul al dou\u0103zecilea.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajuns \u00een acest punct al expozeului meu, a\u0219 vrea s\u0103 trag o prim\u0103 concluzie. Traducerea este o bog\u0103\u021bie vital\u0103. F\u0103r\u0103 ea, ne-ar fi imposibil s\u0103 cunoa\u0219tem alte literaturi dec\u00e2t cele scrise \u00een limba noastr\u0103 matern\u0103 \u0219i \u00een cele c\u00e2teva limbi str\u0103ine \u2013 cu siguran\u021b\u0103 un num\u0103r foarte limitat \u2013 pe care le-am putea eventual cunoa\u0219te. De fapt, o oper\u0103 netradus\u0103&nbsp;&nbsp;nu are practic existent\u0103 dincolo de \u021bara sa de origine. Astfel, traducerea ne deschide c\u0103tre lume, dar \u00een mod foarte inegal, av\u00e2nd \u00een vedere ponderea literaturii anglo-saxone \u00een fluxul global al traducerii.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul><li>TRADUCEREA DIN ROM\u00c2N\u0102 \u00ceN FRANCEZ\u0102<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>\u00cen acest moment, v\u0103 \u00eentreba\u021bi desigur unde se situeaz\u0103 operele \u00een limba rom\u00e2n\u0103, iar \u00eentrebarea dumneavoastr\u0103 este cu at\u00e2t mai legitim\u0103 cu c\u00e2t reprezint\u0103 exact unul dintre obiectivele acestei conferin\u021be. R\u0103spunsul este&nbsp;: locul al dou\u0103zeci \u0219i cincilea, cu vreo 5.500 de c\u0103r\u021bi traduse \u00een lume, \u00eentr-o perioad\u0103 de 33 de ani.<\/p>\n\n\n\n<p>Nu am g\u0103sit, din p\u0103cate, statistici despre num\u0103rul c\u0103r\u021bilor rom\u00e2ne\u0219ti traduse \u00een Fran\u021ba, iar baza de date a Bibliotecii Na\u021bionale a Fran\u021bei nu este actualizat\u0103. Din fericire, \u00eendr\u0103znesc s\u0103 spun, num\u0103rul traduc\u0103torilor din rom\u00e2n\u0103 \u00een francez\u0103 este foarte limitat \u0219i este relativ u\u0219or s\u0103 le listezi publica\u021biile. Dac\u0103 nu m\u0103 \u00een\u0219el, \u00een Fran\u021ba exist\u0103 nou\u0103 traduc\u0103tori din rom\u00e2n\u0103, care traduc cu regularitate&nbsp;: cinci care au franceza limb\u0103 matern\u0103 (Nicolas Cavaill\u00e8s, Jean-Louis Courriol, Laure Hinckel, Philippe Loubi\u00e8re \u0219i eu \u00eensumi), patru de origine rom\u00e2n\u0103 (Linda Maria Baros, Radu Bata, Florica Courriol et Marily Le Nir). \u00cen perioada 2020-2022, \u00een toate domeniile \u0219i incluz\u00e2ndu-i pe autorii rom\u00e2nofoni din Republica Moldova, nou\u0103sprezece traduceri au fost publicate, de-abia pu\u021bin peste \u0219ase pe an&nbsp;: treisprezece romane (dintre care dou\u0103 romane poli\u021biste<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>)&nbsp;; un eseu<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;; cinci culegeri sau antologii de poezie<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. S\u0103 observ\u0103m, \u00een trecere, c\u0103 filosofia nu este prezent\u0103, dup\u0103 \u0219tiin\u021ba mea, din 1995 c\u00e2nd, pu\u021bin \u00eenainte de a disp\u0103rea,&nbsp;<em>Librairie du Savoir<\/em>&nbsp;(Libr\u0103ria Cunoa\u0219terii) a publicat operele lui Lucian Blaga,&nbsp;<em>Trilogia culturii<\/em>&nbsp;\u0219i&nbsp;<em>Spa\u021biul mioritic<\/em>. Voi reveni asupra eforturilor remarcabile \u0219i, din nefericire, neduse la bun sf\u00e2r\u0219it, ale acestui editor.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ar trebui re\u021binut din aceste cifre&nbsp;? Mai \u00eent\u00e2i, c\u0103 romanele de\u021bin locul frunta\u0219 al operelor traduse. Acest lucru reflect\u0103, bine\u00een\u021beles, realitatea produc\u021biei editoriale. Dar, fiind vorba despre Fran\u021ba, acest lucru reflect\u0103 desigur \u0219i faptul c\u0103 traduc\u0103torii sunt remunera\u021bi de editori atunci c\u00e2nd traduc romane, \u00een timp ce ei nu sunt pl\u0103ti\u021bi deloc atunci c\u00e2nd traduc poezie. Prin urmare, nu este \u00eent\u00e2mpl\u0103tor c\u0103 traduc\u0103torii care transpun exclusiv poezie \u2013&nbsp;&nbsp;Linda Maria Baros, Radu Bata \u0219i eu \u00eensumi \u2013 sunt ei \u00een\u0219i\u0219i poe\u021bi; s\u0103 traduci poezie, \u00eemi place s\u0103 o repet, \u00eenseamn\u0103 s\u0103 scrii poezie, iar traducerea face parte integrant\u0103 din activitatea lor de poe\u021bi. Dintre ceilal\u021bi \u0219ase traduc\u0103tori, doar Nicolas Cavaill\u00e8s traduce uneori poezie&nbsp;: Emil Botta, Constantin Acosmei, Ileana M\u0103l\u0103ncioiu \u0219i Matei Vi\u0219niec. De asemenea, public\u0103 poezie la editura sa, Hochroth, dar majoritatea timpului s\u0103u o consacr\u0103 lui Cioran, traducerii de romane \u0219i scrierii propriei sale opere romane\u0219ti. Lui Jean-Louis Courriol, care formeaz\u0103 \u00eempreun\u0103 cu so\u021bia sa, Florica Courriol, un cuplu de traduc\u0103tori prolifici, \u00eei dator\u0103m o singur\u0103 traducere poetic\u0103&nbsp;: este vorba despre Mihai Eminescu \u0219i antologia bilingv\u0103 de 150 de pagini care este, p\u00e2n\u0103 ast\u0103zi, singura existent\u0103 \u00een lumea francofon\u0103.<\/p>\n\n\n\n<p>Num\u0103rul redus de traduc\u0103tori din rom\u00e2n\u0103 conduce \u00een mod normal la un num\u0103r redus de traduceri. A\u0219a cum tocmai am v\u0103zut, media anual\u0103 este de aproximativ patru romane \u0219i dou\u0103 volume de poezie. Comparativ cu produc\u021bia literar\u0103 rom\u00e2neasc\u0103, este foarte pu\u021bin \u0219i, \u00een ciuda muncii meritorii a traduc\u0103torilor men\u021biona\u021bi \u0219i a editorilor lor, ei au adesea impresia c\u0103 vor s\u0103 goleasc\u0103 oceanul cu linguri\u021ba. \u00cen ceea ce m\u0103 prive\u0219te, m\u0103rturisesc imensa mea frustrare, neput\u00e2nd s\u0103 traduc mai mult dec\u00e2t o fac, l\u0103s\u00e2nd deoparte figuri majore ale poeziei rom\u00e2ne\u0219ti moderne \u0219i contemporane&nbsp;: Tudor Arghezi, George Bacovia, Gellu Naum, Nichita St\u0103nescu \u0219i, mai apropia\u021bi de noi, Cezar Iv\u0103nescu, Ileana M\u0103l\u0103ncioiu, Ion Mure\u0219an, Marta Petreu, pentru a numi doar c\u00e2\u021biva.<\/p>\n\n\n\n<p>Sunt \u0219i mai \u00eengrijorat de viitor, pentru c\u0103 media de v\u00e2rst\u0103 a traduc\u0103torilor din rom\u00e2n\u0103 este relativ ridicat\u0103: 65 de ani, cu v\u00e2rste cuprinse \u00eentre 43 \u0219i 85 de ani. Iar mo\u0219tenirea este departe de a fi garantat\u0103, dac\u0103 lu\u0103m \u00een considerare evolu\u021bia \u00eenv\u0103\u021b\u0103rii limbii rom\u00e2ne \u00een Fran\u021ba, care este, \u00eentr-adev\u0103r, \u00een declin continuu de decenii. A disp\u0103rut din universit\u0103\u021bi, unde ocupa un loc important, ca la Montpellier sau Lyon, \u0219i nu a mai supravie\u021buit dec\u00e2t \u00een trei universit\u0103\u021bi: (Sorbonne nouvelle \u2013&nbsp;&nbsp;Paris 3, Strasbourg \u0219i Universitatea Aix-Marseille), dar \u0219i, bine\u00een\u021beles, la Institutul Na\u021bional de Limbi \u0219i Civiliza\u021bii Orientale (INALCO). Niciuna din aceste specializ\u0103ri nu duce la ob\u021binerea unei diplome de stat: \u00een cel mai bun caz, este vorba despre o diplom\u0103 universitar\u0103 pentru studii de scurt\u0103 durat\u0103; \u00een cea mai mare parte a cazurilor, este vorba despre cursuri de scurt\u0103 durat\u0103 \u00een care rom\u00e2na este a doua sau a treia limb\u0103, \u00een cadrul unor programe de licen\u021b\u0103 de limbi romanice (italian\u0103, spaniol\u0103 sau portughez\u0103) sau licen\u021be de limbi moderne&nbsp;<em>aplicate<\/em>&nbsp;(aplicate cu prec\u0103dere la comer\u021bul interna\u021bional). Chiar \u0219i la INALCO, unde \u00eenv\u0103\u021b\u0103m\u00e2ntul este foarte specializat, filierele a\u0219a zis \u00ab&nbsp;profesionale \u00bb (Comer\u021b interna\u021bional, Rela\u021bii interna\u021bionale, Comunicare \u0219i formare interculturale, Didactica limbilor, Texte Informatic\u0103 Multilingvism) atrag un num\u0103r din ce \u00een ce mai mare de studen\u021bi care renun\u021b\u0103 la studiile literare de team\u0103 c\u0103 nu-\u0219i vor g\u0103si locuri de munc\u0103.<\/p>\n\n\n\n<p>Dintre cei cinci traduc\u0103tori francofoni av\u00e2nd limba francez\u0103 ca limb\u0103 matern\u0103, trei au f\u0103cut studii universitare de rom\u00e2n\u0103. Dar, \u00een orice caz, a fost vorba de studii mai mult sau mai pu\u021bin tardive, care au urmat dup\u0103 alte specializ\u0103ri \u0219i care au condus la reorient\u0103ri profesionale. Ceilal\u021bi doi sunt autodidac\u021bi, intr\u00e2nd \u00een contact cu limba rom\u00e2n\u0103 datorit\u0103 unor sejururi profesionale \u00een Rom\u00e2nia. Putem s\u0103 afirm\u0103m cu t\u0103rie c\u0103 prezen\u021ba cvasi-fortuit\u0103 a francofonilor \u00een traducerea literar\u0103 va r\u0103m\u00e2ne la fel de pu\u021bin numeroas\u0103.<\/p>\n\n\n\n<p>Mai sunt de sprijin franco-rom\u00e2nii bilingvi. Am v\u0103zut deja c\u0103 patru dintre ei sunt activi \u00een Fran\u021ba, dintre care trei provin din familii rom\u00e2ne\u0219ti care vorbeau franceza \u00een cas\u0103. Or, av\u00e2nd \u00een vedere declinul francofoniei, ba chiar al francofiliei, \u00een Rom\u00e2nia, este probabil ca acest tip de situa\u021bie s\u0103 devin\u0103 excep\u021bional.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00cen acest context de penurie a traduc\u0103torilor de limb\u0103 matern\u0103 francez\u0103 sau bilingvi, vom \u00een\u021belege c\u0103 autorii rom\u00e2ni, \u0219i, mai ales, poe\u021bii, pot sim\u021bi o mare frustrare v\u0103z\u00e2ndu-\u0219i operele cantonate \u00een spa\u021biul rom\u00e2nofon. Dou\u0103 c\u0103i li se deschid&nbsp;: fie de a fi tradu\u0219i \u00een francez\u0103 de vorbitori a c\u0103ror limb\u0103 matern\u0103 este rom\u00e2na \u0219i care au \u00eenv\u0103\u021bat franceza, dar care nu sunt bilingvi, fie s\u0103 scrie ei \u00een\u0219i\u0219i \u00een francez\u0103. \u00cen ambele cazuri, cum vom vedea, calitatea textelor care rezult\u0103 este variabil\u0103 \u0219i adesea decep\u021bionant\u0103.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>TRADUCEREA \u00ceN FRANCEZ\u0102 \u00ceN ROM\u00c2NIA<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>O experien\u021b\u0103 personal\u0103, pentru \u00eenceput.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00cen 2013, Institutul Cultural Rom\u00e2n din Bucure\u0219ti mi-a telefonat \u0219i m-a \u00eentrebat dac\u0103 a\u0219 dori s\u0103 rev\u0103d traducerea unui eseu de istorie literar\u0103 pe care dorea s\u0103-l prezinte la Salonul c\u0103r\u021bii de la Paris, la care Rom\u00e2nia era \u021bar\u0103 invitat\u0103. Accept\u00e2nd, am primit imediat cele 208 pagini ale versiunii franceze (dar nu \u0219i versiunea original\u0103 rom\u00e2neasc\u0103). Cuno\u0219team bine persoana care f\u0103cuse traducerea, produc\u021biile sale catastrofale fiind, din motive pe care le ignor, foarte r\u0103sp\u00e2ndite pe pia\u021ba rom\u00e2neasc\u0103. Am \u00eenceput, a\u0219adar, cu nelini\u0219te, s\u0103 citesc \u0219i s\u0103 revizuiesc textul. Ceea ce trebuia s\u0103 se \u00eent\u00e2mple s-a \u00eent\u00e2mplat: ajuns la a treia pagin\u0103, am fost constr\u00e2ns s\u0103 \u00eencetez revizuirea, deoarece nu \u00een\u021belegeam deloc semnifica\u021bia textul pretins francez. Am cerut deci Institutului s\u0103-mi trimit\u0103 originalul rom\u00e2nesc \u0219i am retradus totul, pentru c\u0103 mergea infinit mai repede dec\u00e2t s\u0103 corectez textul care necesita s\u0103 fie complet rescris.<\/p>\n\n\n\n<p>Persoana \u00een chestiune, care este \u0219i poet, este prezent\u0103, evident, \u0219i \u00een sectorul poetic. \u0218i nu este singura care traduce din rom\u00e2n\u0103 \u00een francez\u0103, mai sunt multe altele ca ea, care traduc cu mai mult sau mai pu\u021bin (in)succes&#8230; O constat la fiecare venire a mea \u00een Rom\u00e2nia. La toate festivalurile de poezie la care particip, prietenii mei poe\u021bi \u00eemi ofer\u0103 cu amabilitate ultimele lor volume, adeseori \u00een rom\u00e2ne\u0219te, uneori traduse \u00een francez\u0103. \u0218i nu \u0219tiu niciodat\u0103 cum s\u0103 le spun c\u0103 traducerea este proast\u0103, c\u0103 nu-i ajut\u0103 cu nimic, ba chiar \u00eei deserve\u0219te. \u0218i suf\u0103r, cu at\u00e2t mai mult cu c\u00e2t \u0219tiu c\u0103, \u00een multe cazuri, ei \u00een\u0219i\u0219i pl\u0103tesc traducerea.<\/p>\n\n\n\n<p>Desigur, nu totul este de aruncat. \u0218i, \u00een cazurile \u00een care traducerea, f\u0103r\u0103 a fi foarte poetic\u0103, este totu\u0219i lizibil\u0103, ea are m\u0103car meritul de a exista. Asta face lectura pu\u021bin frustrant\u0103 pentru c\u0103 se simte c\u0103 ar fi putut fi mai bun\u0103 traducerea care nu reu\u0219e\u0219te s\u0103 fac\u0103 dreptate deplin\u0103 originalului. Dar tocmai o astfel de frustrare m-a f\u0103cut s\u0103 \u00eenv\u0103\u021b rom\u00e2na. F\u0103r\u0103 ea, nu a\u0219 fi devenit niciodat\u0103 traduc\u0103tor de poezie rom\u00e2neasc\u0103 \u0219i nu a\u0219 fi fost ast\u0103zi \u00een fa\u021ba dumneavoastr\u0103.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajuns aici, a\u0219 dori s\u0103 aduc un scurt omagiu profesorului Paul Micl\u0103u. C\u0103ci domnia sa \u0219i antologia de poezie a lui Lucian Blaga<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;pe care a realizat-o mi-au creat frustrarea de care v\u0103 vorbeam \u0219i m-au incitat s\u0103 \u00eenv\u0103\u021b rom\u00e2na. Contrar p\u0103rerii unei tinere teoreticiene a traducerii<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, eu nu consider c\u0103 antologia profesorului Micl\u0103u este o \u201emare traducere\u201d. Ea comport\u0103 prea multe impropriet\u0103\u021bi lingvistice, erori \u0219i, uneori, expresii care nu sun\u0103 bine \u00een francez\u0103 \u0219i opresc cititorul din descoperirea textului, t\u0103indu-i pl\u0103cerea unei poezii totu\u0219i sublime. C\u00e2teva exemple&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>\u00een poemul&nbsp;<em>Lumina \/ La lumi\u00e8re<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><em>,&nbsp;<\/em>Micl\u0103u traduce<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>Nimicul z\u0103cea-n agonie,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>c\u00e2nd singur plutea-n \u00eentuneric \u0219i dat-a<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>un semn Nep\u0103trunsul<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>prin<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le n\u00e9ant gisait dans l\u2019agonie,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>quand seul flottait dans les t\u00e9n\u00e8bres et fit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>un signe l\u2019Imp\u00e9n\u00e9trable<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00cen primul r\u00e2nd, \u00een francez\u0103 nu spunem \u00ab&nbsp;<em>dans l\u2019agonie<\/em>&nbsp;\u00bb, ci \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 l\u2019agonie<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00cen plus, \u00ab&nbsp;seul&nbsp;\u00bb este aici o traducere nereu\u0219it\u0103 a lui&nbsp;<em>singur<\/em>&nbsp;:&nbsp;<em>singur<\/em>, \u00eenseamn\u0103 mai degrab\u0103&nbsp;<em>solitar<\/em>, \u00een vreme ce&nbsp;<em>seul<\/em>&nbsp;ar \u00eensemna mai degrab\u0103&nbsp;<em>doar<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00cen poemul&nbsp;<em>T\u0103m\u00e2ie \u0219i fulgi\/ Encens et neige<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>, se str\u0103duie\u0219te s\u0103 g\u0103seasc\u0103 rime \u00een francez\u0103 cu scopul de a respecta rimele din rom\u00e2n\u0103, de altfel, neregulate, adeseori, la Blaga. Traduce astfel:<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Prin sat trec s\u0103nii grele de t\u0103ceri.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cu genele ghicesc poteca s\u0103rut\u0103rilor de ieri<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>prin<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Les lourds traineaux de silence par le village passent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes cils devinent le sentier<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;des anciens baisers<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Rima&nbsp;<em>sentier \u2013 baisers<\/em>, g\u0103sit\u0103 \u00een disperare de cauz\u0103, a\u0219a cum suntem adeseori constr\u00e2n\u0219i atunci c\u00e2nd dorim s\u0103 o men\u021binem, merita cu adev\u0103rat s\u0103 fie scindat versul al doilea \u00een dou\u0103 jum\u0103t\u0103\u021bi cu ritmul neregulat (7 \u0219i 5 silabe) al unui nereu\u0219it alexandrin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00een poemul&nbsp;<em>Noi, c\u00e2nt\u0103re\u021bii lepro\u0219i\/ Nous, les chanteurs l\u00e9preux<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>,&nbsp;<em>r\u0103ni l\u0103untrice&nbsp;<\/em>din primul vers, tradus prin&nbsp;<em>blessures internes<\/em>, ne fac s\u0103 ne g\u00e2ndim mai degrab\u0103 la o ruptur\u0103 de splin\u0103 dec\u00e2t la&nbsp;<em>r\u0103nile l\u0103untrice<\/em>&nbsp;ale poe\u021bilor.<\/p>\n\n\n\n<p>Dar, \u00een ansamblu, traducerea lui Micl\u0103u poate fi citit\u0103 \u0219i, chiar dac\u0103 nu este \u00eentotdeauna de o mare elegan\u021b\u0103 sonor\u0103 \u0219i ritmic\u0103, nu este deloc nedemn\u0103 \u0219i este perfect inteligibil\u0103.&nbsp;<em>Poemele luminii<\/em>, \u00een versiunea lui Paul Micl\u0103u, nu reprezint\u0103 o \u201emare traducere\u201d, dar cele 604 pagini cuprinz\u00e2nd ansamblul ciclurilor poetice ale lui Blaga constituie o oper\u0103 pre\u021bioas\u0103 care mi-a permis s\u0103-l descop\u0103r pe Blaga \u0219i care, \u00eentr-o mare m\u0103sur\u0103, mi-a schimbat via\u021ba, chiar dac\u0103 acest lucru poate p\u0103rea pu\u021bin emfatic. Ceea ce nu mi s-ar fi \u00eent\u00e2mplat dac\u0103 a\u0219 fi dat peste o alt\u0103 antologie, mai sub\u021bire, publicat\u0103 tot la editura Minerva, cu patru ani mai devreme dec\u00e2t cea a lui Micl\u0103u<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Din polite\u021be, nu voi men\u021biona numele autorului traducerii:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>\u00een poemul&nbsp;<em>Lumina \/ La lumi\u00e8re<\/em>, deja citat \u00een traducerea lui Micl\u0103u, aici descoperim<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le Rien gisait \u00e0 l\u2019agonie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;quand, tout seul voguant dans le noir, fit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un signe, l\u2019Imp\u00e9n\u00e9tr\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>unde&nbsp;<em>le Rien<\/em>&nbsp;(scris chiar cu majuscul\u0103) este cu totul impropriu contextului metafizic al poemului, la fel cum&nbsp;<em>voguant<\/em>&nbsp;implic\u0103 o suprafa\u021b\u0103 marin\u0103, \u00een timp ce Creatorul este \u00een general perceput mai degrab\u0103 ca plutind \u00een aer. C\u00e2t despre&nbsp;<em>l\u2019Imp\u00e9n\u00e9tr\u00e9<\/em>, el ar putea, \u00een cel mai bun caz, s\u0103 fie&nbsp;<em>l\u2019Imp\u00e9n\u00e9trable<\/em>, dac\u0103 sememul&nbsp;<em>p\u00e9n\u00e9trer<\/em>&nbsp;nu ar fi purt\u0103torul unei ambiguit\u0103\u021bi care, aici, ar fi mai bine de evitat.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>\u00cen poemul&nbsp;<em>La cur\u021bile dorului \/ Au manoir de l\u2019ardente langueur<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Prin vegherile noastre \u2014 site de in \u2014<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;vremea se cerne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>traducerea<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par nos veill\u00e9es \u2014 tamis de lin \u2014<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le temps se tamise<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>reune\u0219te \u00een zece cuvinte trei impropriet\u0103\u021bi majore : 1) extrema apropiere dintre&nbsp;<em>tamis<\/em>&nbsp;\u0219i&nbsp;<em>se tamise<\/em>&nbsp;este descalificatoare. 2) chiar dac\u0103&nbsp;<em>tamis de lin<\/em>, fiind \u00een apozi\u021bie cu&nbsp;<em>nos veill\u00e9es<\/em>, clarific\u0103 metafora, fraza&nbsp;<em>par nos veill\u00e9es le temps se tamise<\/em>&nbsp;r\u0103m\u00e2ne destul de obscur\u0103 \u0219i inexact\u0103 \u0219i 3) utilizarea formei reflexive&nbsp;<em>se tamise<\/em>&nbsp;av\u00e2nd ca subiect&nbsp;<em>le temps&nbsp;<\/em>este, \u00een francez\u0103, foarte st\u00e2ngace.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; traducerea titlului, care este desigur foarte dificil de redat \u00een francez\u0103, este aici cu totul ratat\u0103, transform\u00e2ndu-l pe Blaga \u00eentr-un autor de roman\u021b\u0103 siropoas\u0103.<\/p>\n\n\n\n<p>La sf\u00e2r\u0219itul primei strofe ale aceluia\u0219i poem, d\u0103m peste sintagma&nbsp;<em>raiul sorin<\/em>&nbsp;tradus prin&nbsp;<em>paradis soleillin<\/em>, inven\u021bie cel pu\u021bin \u00eendr\u0103znea\u021b\u0103 \u0219i destul de pu\u021bin eufonic\u0103 pe care&nbsp;<em>solaire<\/em>&nbsp;ar fi putut s\u0103 o \u00eenlocuiasc\u0103 \u00een mod avantajos.<\/p>\n\n\n\n<p>Pe scurt, se \u00een\u021belege de ce, patru ani mai t\u00e2rziu, editura Minerva a decis s\u0103 publice traducerea lui Paul Micl\u0103u.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>SCRIEREA \u00ceN FRANCEZ\u0102 \u00ceN ROM\u00c2NIA<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Confrunt\u00e2ndu-se cu un mediu pu\u021bin favorabil vizibilit\u0103\u021bii interna\u021bionale a operelor lor \u2013 limb\u0103 de difuzare restr\u00e2ns\u0103, penurie de traduc\u0103tori de limb\u0103 matern\u0103 francofon\u0103 sau bilingvi, calitate adeseori deficitar\u0103 a traducerilor locale \u2013 c\u00e2\u021biva poe\u021bi rom\u00e2ni, \u00een num\u0103r mic \u00eenc\u0103, dar \u00een cre\u0219tere, au decis s\u0103 se traduc\u0103 ei \u00een\u0219i\u0219i, ba chiar s\u0103 scrie direct \u00een francez\u0103. Nu neap\u0103rat toate c\u0103r\u021bile, cu at\u00e2t mai mult cu c\u00e2t, atunci c\u00e2nd \u00eei \u00eentreb despre motivele lor, \u00eemi r\u0103spund adesea c\u0103 poemul le vine uneori \u00een francez\u0103 \u0219i nu \u00een rom\u00e2n\u0103.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Exist\u0103, desigur, o veche \u0219i glorioas\u0103 tradi\u021bie a folosirii limbii franceze la scriitorii \u0219i intelectualii rom\u00e2ni. \u00cei cunoa\u0219te\u021bi, bine\u00een\u021beles, dar mi-ar pl\u0103cea s\u0103-i men\u021bionez aici pe cei mai celebri, pronun\u021b\u00e2ndu-le numele a\u0219a cum este el cunoscut \u00een spa\u021biul francofon: Alexandre Macedonski, Pana\u00eft Istrati, Tristan Tzara, Benjamin Fondane, Eug\u00e8ne Ionesco (<em>de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em>), Cioran, Gherasim Luca, Virgil Ierunca, George Astalos&#8230; Iar fenomenul nu se opre\u0219te aici. \u00cen cursul ultimilor treizeci de ani s-au instalat \u00een Fran\u021ba cel pu\u021bin trei poe\u021bi de origine rom\u00e2n\u0103 care-\u0219i scriu opera \u00een francez\u0103: Radu Bata \u00een 1990, Linda Maria Baros \u00een 2000 \u0219i Rodica Draghincescu \u00een 2005.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Da, autorii rom\u00e2ni francofoni nu lipsesc. Totu\u0219i, acest lucru nu \u00eenseamn\u0103 c\u0103-i este u\u0219or oric\u0103rui rom\u00e2n s\u0103 scrie \u00een francez\u0103. Unii \u2013&nbsp;&nbsp;Macedonski, Tzara, Ionesco sau Bata \u2013 au avut avantajul de a cre\u0219te \u00een familii \u00een care se vorbea franceza. Dar nu este \u0219i cazul altora, care au fost nevoi\u021bi s\u0103 \u00eenve\u021be, adesea cu multe eforturi, s\u0103 st\u0103p\u00e2neasc\u0103 aceast\u0103 limb\u0103 care nu era cea a leag\u0103nului lor. Istrati, \u00eentr-o scrisoare adresat\u0103 lui Romain Rolland<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>&nbsp;vorbe\u0219te cel mai bine despre aceast\u0103 lupt\u0103 cr\u00e2ncen\u0103&nbsp;: \u201eNu va&nbsp;\u0219ti nimeni niciodat\u0103 de c\u00e2te ori pe zi urlu de m\u00e2nie, \u00eemi s\u00e2ngerez gura, \u0219i-mi sparg din\u021bii mu\u0219c\u00e2nd cu furie din acest instrument rebel voin\u021bei mele.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Or, pentru a reveni la poe\u021bii rom\u00e2ni de ast\u0103zi care decid s\u0103 treac\u0103 la limba francez\u0103, nu sunt sigur c\u0103 au to\u021bi voin\u021ba de nezdruncinat a unui Istrati sau \u00eenzestrarea unui Fondane ori a unui Cioran. Astfel, poemele scrise \u00een francez\u0103 pe care mi le trimit prietenii mei rom\u00e2ni sufer\u0103 adeseori de acelea\u0219i defecte ca traducerile rom\u00e2ne\u0219ti de care am vorbit mai \u00eenainte: grave gre\u0219eli de limb\u0103, \u00een cel mai r\u0103u caz, lips\u0103 de poeticitate sau eufonie deficitar\u0103, cel mai adesea. Unii \u00eemi trimit manuscrisul \u00eenainte de a fi publicat, pentru a primi observa\u021biile mele: putem ajunge astfel la foarte frumoase texte, precum ultimele dou\u0103 volume ale lui Valeriu Stancu, publicate \u00een Fran\u021ba \u0219i \u00een Rom\u00e2nia<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. Al\u021bii nu o fac, fie pentru c\u0103 nu m\u0103 cunosc sau nu cunosc niciun alt poet francez, fie pentru c\u0103 le e fric\u0103 s\u0103 nu deranjeze, fie pentru c\u0103-\u0219i fac iluzii cu privire la franceza lor. Rezultatele sunt, foarte des \u00een aceste cazuri, decep\u021bionante.<\/p>\n\n\n\n<p>5. TRADUCEREA FILOSOFIEI : CAZUL LUCIAN BLAGA<\/p>\n\n\n\n<p>\u00cenainte de a trage concluziile, a\u0219 vrea s\u0103 abordez situa\u021bia filosofiei rom\u00e2ne\u0219ti, nu pentru c\u0103 a\u0219 avea o cunoa\u0219tere bun\u0103, ci pentru c\u0103, prin \u00eens\u0103\u0219i natura lucrurilor, se g\u0103se\u0219te \u0219i ea \u00een aceea\u0219i situa\u021bie marginal\u0103 cu privire la circula\u021bia ei interna\u021bional\u0103. Nu cred c\u0103 a fost publicat\u0103 vreo oper\u0103 filosofic\u0103 rom\u00e2neasc\u0103 \u00een ultimii dou\u0103zeci de ani. Neput\u00e2nd s\u0103 m\u0103 bazez pe cifre, am s\u0103 v\u0103 propun un mic studiu de caz care m\u0103 emo\u021bioneaz\u0103, pentru c\u0103 este vorba despre Lucian Blaga.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Spre sf\u00e2r\u0219itul anilor 1980, pe c\u00e2nd \u00eencepusem s\u0103 traduc c\u00e2teva poeme din Blaga, am ajuns s\u0103 lucrez la Paris, \u00een cartierul Panth\u00e9on. \u00centr-o zi, r\u0103t\u0103cind pe str\u0103zile din jur, am dat peste o mic\u0103 libr\u0103rie \u00een care c\u0103r\u021bile aveau tendin\u021ba s\u0103 se pr\u0103bu\u0219easc\u0103 unele peste altele. Dar ceea ce m-a oprit a fost faptul c\u0103-n vitrin\u0103 erau mai multe c\u0103r\u021bi rom\u00e2ne\u0219ti \u00een traducere francez\u0103. Am intrat \u0219i am \u00eenceput o discu\u021bie cu proprietarul, un rom\u00e2n \u0219armant, francofon perfect, care se numea George Pi\u0219coci-D\u0103nesco. Pe l\u00e2ng\u0103 libr\u0103rie, \u00eenfiin\u021base \u0219i o editur\u0103 care avea acela\u0219i nume&nbsp;:&nbsp;<em>Librairie du Savoir<\/em>&nbsp;(Libr\u0103ria Cunoa\u0219terii). Afl\u00e2nd de interesul meu pentru Lucian Blaga \u0219i despre traducerea pe care o \u00eencepusem, mi-a m\u0103rturisit inten\u021bia sa de a traduce \u0219i publica opera filosofic\u0103 a lui Blaga. Cu acest scop, constituise o mic\u0103 echip\u0103 franco-rom\u00e2n\u0103, un fel de falanster intelectual pe care-l percepeam drept anarhist de dreapta \u0219i pe care el \u00eel definea drept anti-totalitar. Se reg\u0103sea \u00een acest grup un nucleu familial \u2013 George Pi\u0219coci-D\u0103nesco \u0219i so\u021bia sa, Mariana, am\u00e2ndoi filosofi, c\u0103rora li s-au al\u0103turat trei francezi, Thomas Bazin, Yves Cauchois \u0219i Raoul Marin, al c\u0103ror parcurs nu-l cunosc. Astfel, \u00een \u0219apte ani, \u00eentre 1989 \u0219i 1995, aceast\u0103 echip\u0103 a reu\u0219it s\u0103 publice \u0219ase volume din lucr\u0103rile filosofice ale lui Blaga&nbsp;:&nbsp;<em>\u00c9loge du village roumain<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn17\"><sup><strong>[17]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>,&nbsp;<em>Les Diff\u00e9rentielles divines<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn18\"><sup><strong>[18]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>,&nbsp;<em>L\u2019\u00catre historique<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn19\"><sup><strong>[19]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>,&nbsp;<em>Trilogie de la connaissance<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn20\"><sup><strong>[20]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>,&nbsp;<em>L\u2019Espace mioritique<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn21\"><sup><strong>[21]<\/strong><\/sup><\/a>&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>Trilogie de la culture<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn22\"><sup><strong>[22]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>. Dup\u0103 pu\u021bin timp \u00eens\u0103, George Pi\u0219coci-D\u0103nesco s-a v\u0103zut prins \u00eentr-o violent\u0103 furtun\u0103 politico-editorial\u0103, libr\u0103ria sa a fost incendiat\u0103, aventura editurii sale a fost oprit\u0103 \u0219i, o dat\u0103 cu ea, traducerea operei filosofice a lui Blaga. Ea nu a mai fost reluat\u0103 de atunci.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Istoria acestor traduceri filosofice mi se pare emblematic\u0103 pentru dificult\u0103\u021bile pe care le \u00eent\u00e2mpin\u0103 autorii rom\u00e2ni, chiar \u0219i cei mai mari (\u00een afara romancierilor) de a fi tradu\u0219i \u00een Fran\u021ba. Marii editori, nu sunt interesa\u021bi&nbsp;: Mircea Eliade nu a reu\u0219it s\u0103 conving\u0103 editura Payot s\u0103 publice filosofia lui Blaga<a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>, a\u0219a cum eu nu am reu\u0219it s\u0103 conving editura Gallimard s\u0103-i publice poezia. Sunt doar micile edituri, cu o existen\u021b\u0103 precar\u0103, Librairie du Savoir sau Jacques Andr\u00e9, pentru poezia lui Blaga, care se \u00eencumet\u0103 s\u0103-i publice.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>6. CE SOLU\u021aIE EXIST\u0102&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cred c\u0103 a\u021bi v\u0103zut-o schi\u021b\u00e2ndu-se pe m\u0103sur\u0103 ce \u00eemi derulam discursul. Dac\u0103 traduc\u0103torii de limb\u0103 matern\u0103 francofon\u0103 sau bilingvi nu sunt suficien\u021bi pentru a satisface necesarul de traduceri \u0219i dac\u0103 textele franceze, traduceri sau originale, produse \u00een Rom\u00e2nia, nu au calitatea literar\u0103 a\u0219teptat\u0103, nu v\u0103d alt\u0103 solu\u021bie dec\u00e2t \u00eentrajutorarea \u0219i cooperarea. Ceea ce am f\u0103cut la cererea Institutului Cultural Rom\u00e2n corect\u00e2nd \u2013 \u00een cazul acesta, retraduc\u00e2nd \u2013 cartea pe care dorea s\u0103 o publice, ceea ce am f\u0103cut pentru prietenul meu Valeriu Stancu \u0219i c\u00e2\u021biva al\u021bii, adic\u0103 aceast\u0103 munc\u0103 de citire, de corectare, de ameliorare \u00eenainte de publicare, ar trebui sistematizat\u0103. \u0218i cum este evident c\u0103 nu pot singur s\u0103 acop\u0103r nevoile lumii literare rom\u00e2nofone, ar trebui, dup\u0103 mine, s\u0103 fie pus\u0103 \u00een practic\u0103 o structur\u0103 formal\u0103 \u0219i func\u021bional\u0103 care s\u0103-i pun\u0103 \u00een contact pe autorii rom\u00e2ni cu francofonii preg\u0103ti\u021bi \u0219i capabili s\u0103-i ajute.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00cen linii mari, aceast\u0103 structur\u0103 ar trebui s\u0103 se fundamenteze pe o baz\u0103 de date care s\u0103 repertorieze, pe de-o parte, coordonatele unor asisten\u021bi voluntari, specific\u00e2ndu-\u0219i limba matern\u0103, limbile str\u0103ine pe care le cunosc, domeniul de specialitate (poezie, filosofie, art\u0103, istorie, etc.) \u0219i, pe de alt\u0103 parte, coordonatele solicitan\u021bilor, ace\u0219tia din urm\u0103 f\u0103c\u00e2nd toate preciz\u0103rile necesare asupra naturii cererii lor. Aceast\u0103 baz\u0103 de date, o dat\u0103 pus\u0103 \u00een mi\u0219care \u0219i gestionat\u0103 de o mic\u0103 echip\u0103 de voluntari, ar putea s\u0103 func\u021bioneze ca un fel de site de \u00eent\u00e2lniri, dar \u00eent\u00e2lniri de natur\u0103 mai intelectual\u0103&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>A\u021bi remarcat c\u0103 insist pe no\u021biunea de voluntariat. Acest lucru nu exclude, dup\u0103 caz, ca un editor, un organism cultural public sau un mecena s\u0103-l remunereze pe asistent. \u00cen cazul acesta, ar fi potrivit s\u0103 se reflecteze la un nou tip de contract care ar putea s\u0103 derive din contractele de traducere, f\u0103r\u0103 s\u0103 fie identic cu acestea, de vreme ce nu este vorba despre o traducere propriu-zis\u0103. Dar nu mi se pare de dorit ca aceast\u0103 chestiune financiar\u0103 s\u0103 fie o condi\u021bie prealabil\u0103 func\u021bion\u0103rii acestui sistem, \u00een orice caz, cu siguran\u021b\u0103, nu \u00een faza sa ini\u021bial\u0103.<\/p>\n\n\n\n<p>Aceast\u0103 cooperare \u00een producerea textelor, \u00een m\u0103sura \u00een care ea permite s\u0103 fie cunoscute materialele preg\u0103tite pentru publicare, ar putea chiar s\u0103 conduc\u0103 la o cooperare editorial\u0103, la publicarea unor c\u0103r\u021bi co-editate \u0219i\/sau difuzate nu doar \u00een Rom\u00e2nia, ci \u0219i \u00een \u021b\u0103rile francofone. C\u0103ci nu este suficient s\u0103 scrii o carte \u00eentr-o francez\u0103 de calitate. Mai trebuie \u0219i ca ea s\u0103 \u00eent\u00e2lneasc\u0103 publicul pentru care a fost scris\u0103. Or, m-am \u00eentrebat mereu, care era interesul editurilor \u0219i al autorilor rom\u00e2ni de a publica traduceri \u00een limbi str\u0103ine care nu sunt distribuite \u0219i v\u00e2ndute dec\u00e2t \u00een Rom\u00e2nia. Sunt rari turi\u0219tii francofoni care intr\u0103 \u00een libr\u0103riile rom\u00e2ne\u0219ti pentru a cump\u0103ra c\u0103r\u021bi \u00een francez\u0103, \u00een afar\u0103, poate, de c\u00e2teva albume frumoase de fotografii. Tot a\u0219a de rare sunt \u0219i libr\u0103riile rom\u00e2ne\u0219ti din str\u0103in\u0103tate care ar putea s\u0103 difuzeze aceste c\u0103r\u021bi. Iar Festivalul c\u0103r\u021bii de la Paris, care \u00eenlocuie\u0219te, din acest an, tradi\u021bionalul \u201eSalon al c\u0103r\u021bii\u201d, nu mai autorizeaz\u0103 nici m\u0103car standurile cu v\u00e2nzare de carte, v\u00e2nzarea revenind \u00een exclusivitate libr\u0103riei \u201eFestivalului\u201d&nbsp;&nbsp;care accept\u0103 doar c\u0103r\u021bile difuzate \u00een Fran\u021ba. De aceea, \u00een acest an, Institutul Cultural Rom\u00e2n a putut s\u0103 expun\u0103 la standul s\u0103u un larg evantai de publica\u021bii recente, dar nicio carte venit\u0103 din Rom\u00e2nia nu a primit autorizarea de a fi v\u00e2ndut\u0103, nici m\u0103car cele c\u00e2teva care erau scrise \u00een francez\u0103! Aceasta este \u00eencununarea unei derive mercantile care, dac\u0103 nu suntem aten\u021bi, va fi fatal\u0103 pentru micii editori \u0219i pentru proiectele marginale. Or, chiar \u00eentre aceste limite tr\u0103ie\u0219te literatura care ne preocup\u0103 aici.<\/p>\n\n\n\n<p>Am introdus \u00een titlul meu \u201erepublica luntra\u0219ilor\u201d pentru c\u0103 umanitatea mondializat\u0103 de ast\u0103zi nu poate s\u0103 se mul\u021bumeasc\u0103 cu libera circula\u021bie a m\u0103rfurilor. G\u00e2ndirea, operele culturale trebuie s\u0103 poat\u0103 circula \u0219i ele, indiferent de valoarea lor comercial\u0103. Poezia, filosofia, istoria nu se tranzac\u021bioneaz\u0103 pe milioane de dolari \u00een casele de licita\u021bii, ca sculpturile lui Jeff Koons. Ele \u021bin mai degrab\u0103 de bunul public,&nbsp;<em>res publica<\/em>, \u0219i trebuie ap\u0103rate ca atare. Intelectualii, poe\u021bii, filosofii constituie armata care, neput\u00e2nd salva lumea, \u00eei va p\u0103stra poate sufletul \u0219i etica indispensabil\u0103 supravie\u021buirii noastre. \u00cen aceast\u0103 lupt\u0103, orgoliile nu-\u0219i au locul, doar o larg\u0103 \u0219i intens\u0103 colaborare a tuturor. Pentru ca spiritul s\u0103 treac\u0103, ocolind barierele, indiferent de natura lor.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Poncet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Traducere din limba francez\u0103 de Mihaela-Gen\u021biana St\u0103ni\u0219or<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><a href=\"https:\/\/sgdl.org\/sgdl-accueil\/presse\/presse-acte-des-forums\/la-traduction-litteraire\/1519-les-chiffres-\">https:\/\/sgdl.org\/sgdl-accueil\/presse\/presse-acte-des-forums\/la-traduction-litteraire\/1519-les-chiffres-<\/a>de-la-traduction-par-geoffroy-pelletier.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;https:\/\/mondedulivre.hypotheses.org\/4645.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;<a href=\"http:\/\/portal.unesco.org\/culture\/en\/ev.phpURL_ID=7810&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION\">http:\/\/portal.unesco.org\/culture\/en\/ev.phpURL_ID=7810&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION<\/a>=<\/p>\n\n\n\n<p>201.html<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;Igor Bergler,&nbsp;<em>La Bible perdue (Biblia&nbsp;&nbsp;pierdut\u0103)<\/em>, traducere Laure Hinckel, Fleuve noir, Paris, 2020;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/auteur\/9147329\/Lucian+Dragos+Bogdan\">Lucian-Drago\u0219 Bogdan<\/a>&nbsp;et Jacky Schwartzmann,&nbsp;<em>Le Coffre (Femia din portbagaj)<\/em>, traducere Jean-Louis Courriol, Points, Paris, 2021&nbsp;;&nbsp;Matei C\u0103linescu,&nbsp;<em>La Vie et les opinions de Zacharias Lichter (Via\u021ba \u0219i opiniile lui Zacharia Lichter)<\/em>, traducere Nicolas Cavaill\u00e8s, Circ\u00e9, Oberhausbergen, 2020 &nbsp;; Mircea C\u0103rt\u0103rescu,&nbsp;<em>Melancolia<\/em>, traducere Laure Hinckel, Les \u00c9ditions Noir sur Blanc, Paris, 2021 &nbsp;; Nicoleta Esinencu,&nbsp;<em>L\u2019\u00c9vangile selon Marie (Evanghelia dup\u0103 Maria)<\/em>, traducere Nicolas Cavaill\u00e8s, L\u2019Arche, Montreuil, 2021; Tudor Ganea,&nbsp;<em>La Femme qui a mang\u00e9 les l\u00e8vres de mon p\u00e8re (Cazemata)<\/em>, traducere Florica Courriol, Le Nouvel Attila, Paris, 2020; C\u0103t\u0103lin Mihuelac,&nbsp;<em>Les Oxenberg &amp; les Bernsteins (<\/em><em>America de peste pogrom<\/em><em>)<\/em>, traducere Marily Le Nir, Les \u00c9ditions Noir sur Blanc, Paris, 2020 ; Alina Nelega,&nbsp;<em>Comme si de rien n\u2019\u00e9tait (<\/em><em>Ca \u015fi cum nimic nu s-ar fi \u00eent\u00e2mplat)<\/em>, traducere Florica Courriol, Des femmes, Paris, 2021&nbsp;; Liviu Rebreanu,&nbsp;<em>La R\u00e9volte (R\u0103scoala)<\/em>, traducere Jean-Louis Courriol, \u00c9ditions Non Lieu, Paris, 2021&nbsp;; Doina Ru\u0219ti,&nbsp;<em>Zogru<\/em>, traducere Florica Courriol, Les \u00c9ditions du Typhon, Marseille, 2022&nbsp;; Corina S\u0103bau,&nbsp;<em>Et on entendait les grillons (\u0218i se auzeau greierii)<\/em>, traducere Florica Courriol, Belleville \u00e9ditions, Paris, 2021 ; Mihail Sebastian,&nbsp;<em>La Ville aux acacias (<\/em>Ora\u0219ul cu salc\u00e2mi<em>)<\/em>, traducere Florica Courriol, Mercure de France, Paris, 2020&nbsp;&nbsp;; Bogdan-Alexandru St\u0103nescu,&nbsp;<em>L\u2019Enfance de Kaspar Hauser (Copil\u0103ria lui Kaspar Hauser)<\/em>, traducere Nicolas Cavaill\u00e8s, Ph\u00e9bus, Paris, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;C\u0103t\u0103lin Pavel,&nbsp;<em>L\u2019Arch\u00e9ologie de l\u2019amour (Arheologia iubirii. De la Neanderthal la Taj Mahal)<\/em>, traducere Jean-Louis Courriol, L\u2019Aube, La Tour d\u2019Aigues, 2022.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;Ana Blandiana,&nbsp;<em>Varia\u021biuni pe o tem\u0103 dat\u0103 \/ Variations sur un th\u00e8me donn\u00e9<\/em>, traducere Jean Poncet, Jacques Andr\u00e9 \u00e9diteur, Lyon, 2022&nbsp;; Ana Blandiana,&nbsp;<em>Clair de mort&nbsp;<\/em>\u2013 Anthologie, traducere Jean Poncet, Mihai Zaharia et G\u00e9rard Bayo, \u00c9ditions Unicit\u00e9, Saint-Ch\u00e9ron, 2022&nbsp;; Vasile D\u00e2ncu,&nbsp;<em>C\u00e2ntecul satului \/ Le Chant du village<\/em>, traducere Jean Poncet, Jacques Andr\u00e9 \u00e9diteur, Lyon, 2021;&nbsp;<em>Le Blues roumain 1 &amp; 2<\/em>&nbsp;\u2013 Anthologie, traducere Radu Bata, \u00c9ditions Unicit\u00e9, Saint-Ch\u00e9ron, 2020, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Poemele luminii \/ Les Po\u00e8mes de la lumi\u00e8re<\/em>, traducere de Paul Micl\u0103u, Editura Minerva, Bucure\u0219ti, 1978.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;Carmen-Ecaterina A\u0219tirbei, \u00ab&nbsp;Pour une herm\u00e9neutique traductive : (re)traductions des po\u00e8mes de Lucian Blaga en fran\u00e7ais \u00bb in&nbsp;<em>La traduction caduque, retraduction et contexte culturel (en diachronie)<\/em>, Atelier de traduction n\u00b0 15,&nbsp;Editura Universit\u0103\u0163ii, Suceava, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., pp. 126-127.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., pp. 230-231.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., pp. 282-283.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Poeme \/ Po\u00e8mes<\/em>, Editura Minerva, traducere de Veturia Dr\u0103g\u0103nescu-Vericeanu, Bucure\u0219ti, 1974.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., pp. 48-49.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., pp. 206-207.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>&nbsp;Pana\u00eft Istrati, \u00ab&nbsp;Lettre de novembre 1929 \u00e0 Romain Rolland&nbsp;\u00bb in&nbsp;<em>\u0152uvres I<\/em>, \u00c9ditions Ph\u00e9bus, Paris, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>&nbsp;Valeriu Stancu,&nbsp;<em>Ballade de mon ami le bourreau<\/em>, \u00c9ditions Ma\u00efa, Paris, 2020&nbsp;;&nbsp;<em>Balada prietenului meu c\u0103l\u0103ul<\/em>, CronEdit, Ia\u0219i, 2020&nbsp;; Valeriu Stancu et G\u00e9rard Blua,&nbsp;<em>L\u2019\u00c9cho est le reflet du regard<\/em>, \u00c9ditions Ma\u00efa, Paris, 2021&nbsp;;&nbsp;<em>Ecoul este oglindirea privirii<\/em>, CronEdit, Ia\u0219i, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>\u00c9loge du village roumain<\/em>, traducere de Mariana Danesco et Raoul Marin, Librairie du Savoir, Paris, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,<em>&nbsp;Les Diff\u00e9rentielles divines<\/em>, traducere de Thomas Bazin, Raoul Marin et Georges Piscoci-Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>L\u2019\u00catre historique<\/em>, traducere de Mariana Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Trilogie de la connaissance<\/em>, traducere de Raoul Marin et Georges Piscoci-Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>L\u2019Espace mioritique<\/em>, traducere de Yves Cauchois, Raoul Marin et Georges Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1995.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>&nbsp;Lucian Blaga,&nbsp;<em>Trilogie de la culture<\/em>, traducere de Yves Cauchois, Raoul Marin et Georges Danesco, Librairie du Savoir, Paris, 1995.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/02D75BB7-55E9-4456-8D3D-5E37A8986F8F#_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>&nbsp;Mircea Eliade,&nbsp;<em>Fragments d\u2019un journal III 1979-1985<\/em>, traducere de Alain Paruit, Gallimard, Paris, 1991, p. 214.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JEAN PONCET POUR UNE R\u00c9PUBLIQUE DES PASSEURS Traduire la litt\u00e9rature et la philosophie \u00e9crites dans des langues de diffusion restreinte Mesdames et Messieurs les professeurs, chercheurs, \u00e9tudiants, amoureux des lettres qui travaillez ici sous l\u2019\u00e9gide de Lucian Blaga, &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je voudrais &hellip; 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